Au Brésil, une élection au goût de revanche pour Jair Bolsonaro
Favori de l'élection au Brésil, le conservateur Flavio Bolsonaro l'a promis : s'il l'emporte le 25 octobre, son père Jair Bolsonaro, ancien chef de l'État assigné à résidence, sera libéré et lui passera l'écharpe présidentielle.
Le fait que son fils aîné ait terminé en tête du premier tour dimanche devant le président de gauche, Lula, a un goût de revanche pour l'ex-dirigeant d'extrême droite, âgé de 71 ans, qui se dit victime de persécution politique.
Jair Bolsonaro purge depuis fin 2025 une peine de 27 ans de réclusion pour avoir tenté de s'accrocher au pouvoir après sa défaite électorale face à Luiz Inacio Lula da Silva en 2022. Il a toujours clamé son innocence.
En raison de problèmes de santé récurrents, il effectue sa peine à domicile, dans un quartier aisé de Brasilia, avec son épouse Michelle, tout juste élue au Sénat, et leur fille Laura.
Interdit d'apparaître en public ou d'utiliser les réseaux sociaux, l'ancien président (2019-2022) a reçu peu de visites durant la campagne, selon les registres consultés par l'AFP.
Il n'en demeure pas moins le leader incontesté du camp conservateur.
Tenant sa victoire pour acquise, Flavio Bolsonaro, sénateur de 45 ans, jure que son père sera à ses côtés et "gravira la rampe du (palais présidentiel de) Planalto" lors de son investiture le 5 janvier.
L'ancien chef de l'Etat "a besoin d'être en liberté pour aller au contact du peuple", a déclaré à l'AFP Alfredo Gaspar, son candidat à la vice-présidence.
Il a toutefois affirmé que Jair Bolsonaro n'était "pas avide de pouvoir", ni d'une fonction dans un éventuel gouvernement de son fils.
- Grâce ou amnistie ? -
Les avocats de l'ex-président ont déposé récemment une nouvelle demande de remise en liberté, réclamant une révision du procès qui a abouti à sa condamnation l'an dernier par la Cour suprême.
Ils dénoncent des abus et des incohérences dans la façon dont ce procès a été conduit par le juge Alexandre de Moraes, honni des bolsonaristes.
La demande de révision est entre les mains d'un autre magistrat, Kassio Nunes Marques, nommé par Jair Bolsonaro. Il a fait part de son intention de la soumettre en séance plénière "après le second tour", a indiqué son cabinet à l'AFP.
Mais la procédure pourrait se prolonger au-delà de la date prévue pour l'investiture.
En parallèle, Flavio Bolsonaro a affirmé qu'il accorderait, aussitôt installé, la grâce présidentielle à son père.
Bien qu'une grâce puisse être signée "quelques minutes après" l'entrée en fonction, plusieurs exigences bureaucratiques empêcheraient qu'elle prenne effet le même jour, explique Thiago Bottino, professeur de droit à la Fondation Getulio Vargas.
Une autre solution serait une amnistie accordée par le Parlement.
D'autant plus que les législatives qui ont également eu lieu dimanche ont encore renforcé la majorité conservatrice dans les deux chambres. Mais les parlementaires ne prendront leurs fonctions que courant janvier.
Contrairement à la grâce, l'amnistie permettrait à Jair Bolsonaro de recouvrer ses droits politiques et d'être ainsi candidat à des élections.
- "Ressentiments" -
Flavio Bolsonaro se dit plus "modéré" que son père, coutumier des dérapages misogynes, racistes et homophobes, et nostalgique assumé de la dictature militaire (1964-1985).
Flavio Bolsonaro partage certaines opinions avec son père : il a défendu le régime militaire et mis en question le rôle de l'activité humaine dans le réchauffement de la planète, affirmant que les phénomènes climatiques extrêmes étaient "cycliques".
Mais il a tenté de séduire l'électorat féminin, et ses manières plus affables l'ont rendu acceptable à un éventail plus large de votants.
"Il défend l'héritage de Jair Bolsonaro, mais c'est une personne différente, plus apte à négocier", dit à l'AFP son directeur de campagne, Rogerio Marinho.
Helio Schwartsman, chroniqueur au quotidien Folha de S. Paulo, souligne que les seconds mandats de dirigeants qui reviennent au pouvoir après l'avoir perdu peuvent avoir des accents de revanche.
Il cite notamment les cas de Donald Trump aux États-Unis ou de Benjamin Netanyahu en Israël, plus "radicaux" et pleins de "ressentiments accumulés".
Sous traitement antidépresseur, Jair Bolsonaro est aujourd'hui "stable", selon les derniers rapports cliniques en date, bien que son épouse Michelle ait déclaré que les élections l'avaient rendu "un peu anxieux".
ffb-jss/app/lg/tmo/bfi
M.Marchand--JdCdC