Arnaud Rousseau, grand cultivateur et candidat unique pour présider la FNSEA
Après une succession de crises inédites pour l'agriculture française lors de son premier mandat de trois ans, Arnaud Rousseau est le seul candidat déclaré à sa succession pour présider le puissant syndicat FNSEA, droit dans ses bottes face à ceux qui le qualifient d'"agrobusinessman".
"Porter un projet politique et syndical sans ancrage et compréhension des enjeux économiques, c'est un syndicalisme bien souvent stérile (...), exercer en même temps des responsabilités économiques et syndicales donne de la cohérence", répond le céréalier de 52 ans à ses détracteurs.
Il lui est régulièrement reproché, notamment par les syndicats concurrents, d'être déconnecté de la majorité des paysans. Son exploitation francilienne (colza, tournesol, blé, betterave, maïs, légumes...) est hors normes à l'échelle de la France: 700 hectares détenus avec son épouse, quand la moyenne en grandes cultures est d'environ 100 hectares.
Diplômé d'une école de commerce parisienne, il a travaillé dans le courtage agricole avant de reprendre en 2002, peu avant ses 30 ans, l'exploitation familiale de Trocy-en-Multien (Seine-et-Marne) dont il est maire depuis 2014. Il a été réélu au premier tour en mars avec 100% des voix, sans opposant dans ce village de moins de 300 habitants.
Surtout, il préside toujours -entre autres casquettes- le conseil d'administration du groupe Avril (7,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024), actif dans les huiles alimentaires (marques Lesieur, Puget), les agrocarburants, la chimie dérivée du végétal ou encore l'alimentation des animaux d'élevage (Sanders).
- "Temps troublés" -
Ces mandats "sont le fruit de la légitimité qui m'a été donnée par le vote", rappelle Arnaud Rousseau, affirmant qu'il est présent "comme les parlementaires" dans sa commune le lundi pour la permanence en mairie et le vendredi, pour s'occuper de ses terres quand les responsabilités ne l'appellent pas ailleurs.
Mais c'est sous son mandat que la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles et ses alliés des Jeunes Agriculteurs ont perdu pour la première fois la majorité absolue, lors des élections professionnelles de 2025.
S'ils ont gardé la main sur l'immense majorité des chambres d'agriculture grâce au mode de scrutin, leur hégémonie a été bousculée par les contestataires de la Coordination rurale, qui attire désormais quelques adhérents de la FNSEA déçus, après des années de crise dans le monde agricole depuis l'hiver 2023-2024.
"Dans ces temps extrêmement troublés (...) il peut y avoir de la frustration dans le fait que les combats menés ne donnent pas le fruit attendu dans un délai attendu", reconnaît Arnaud Rousseau, interrogé par l'AFP.
Il rappelle toutefois que le syndicat reste le premier interlocuteur de l'Etat, un "pôle de stabilité" face aux changements de gouvernement, mais aussi un corps intermédiaire "qui dépose des amendements" et obtient "des avancées" des politiques.
Il n'hésite pas à tacler la Coordination rurale dont le nouveau président Bertrand Venteau affirme que c'est "au gouvernement de faire le travail" : "La colère ne fait pas un programme".
- "Compétiteur" -
Attaqué personnellement par les bonnets jaunes de la CR sur internet mais aussi physiquement comme lors d'un déplacement à Agen au cours duquel il a dû être escorté par la police, il dénonce "l'hystérisation" des débats.
Le céréalier promeut une vision entrepreneuriale et compétitive de l'agriculture, voie moyenne entre la radicalité de la Coordination rurale et l'anticapitalisme de la Confédération paysanne, refusant l'"écologie punitive" et les "sirènes de la décroissance".
Face aux attaques, il refuse d'argumenter ad hominem: "Je suis plutôt un compétiteur, ça a plutôt tendance à me galvaniser".
Dans un podcast de 2022, ce père de trois enfants relatait sa chute dans un silo en 2010: "Le genre d'accident dont normalement on ne réchappe pas. (...) Je suis remonté tout seul (...) à la force des bras avec les deux jambes cassées."
Neuf mois après, cet ancien officier de la réserve opérationnelle (1996-2009) marchait 1.500 km jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne.
Si des critiques s'expriment en interne à la FNSEA, aucune n'a donné lieu à une candidature alternative.
M.Meunier--JdCdC