24 Heures du Mans: Romain Dumas, le touche-à-tout du sport automobile
Endurance, rallye, course de côte: le champion français Romain Dumas est depuis 30 ans un touche-à-tout du sport automobile, un "compétiteur né" double vainqueur des 24 Heures du Mans et qui y retourne ce week-end pour la première fois comme pilote et patron d'écurie.
A 48 ans, cet homme réservé à l'accent chaleureux des Cévennes a reçu l'AFP à la fin de l'hiver chez lui à Alès (Gard), dans ses "garages" du "Pôle mécanique" de cette ville moyenne sinistrée par la fermeture des mines de charbon dans les années 1980-1990 et qui tente de se redresser grâce à une quarantaine de PME dédiées aux sports auto-moto.
Cet "écosystème industriel", qui appartient à la municipalité, est "unique en Europe", vante Romain Dumas: il compte un circuit auto et moto homologué de 2,5 kilomètres, un autre de karting et une piste de rallye sur lesquels viennent tourner professionnels et amateurs.
Le pilote et désormais chef d'entreprise y a créé sa propre écurie, RD Limited, pour préparer ses bolides et ceux de ses clients, notamment des Porsche dont il a été pilote officiel pendant 20 ans, avant de passer chez Ford en 2022.
Dans son repaire cévenol, ce champion discret qui fuit la célébrité et le glamour de la Formule 1, collectionne les trophées, casques et combinaisons d'un palmarès impressionnant en endurance, rallye et course de côte.
Seule la F1 manque à son tableau de chasse.
- "Rêve de gamin" -
"J'ai tellement rêvé de sport auto quand j'étais gamin, mon père faisait des rallyes quand j'avais cinq, six, sept ans. J'ai grandi là-dedans (...) et toujours été super passionné par ce sport, connaissant par coeur la F1, l'endurance, la course de côte, les rallyes", raconte-t-il.
Mais il y a 25 ans, le jeune homme rate le coche de la catégorie reine du sport automobile et "bifurque vers l'endurance à partir de 2001".
"J'avais passé toutes les étapes pour monter jusqu'en Formule 1, avec même un essai chez Renault, mais je me suis retrouvé dans une impasse: à 25 ans, on m'avait déclaré déjà trop vieux pour la F1", regrette le quadragénaire.
Après un quart de siècle de compétitions sur toute la planète, des dizaines de participations et pléthore de victoires en endurance, courses de côte et de l'extrême et rallyes, Dumas participera le week-end prochain à sa 24e édition des 24 Heures du Mans.
Une épreuve centenaire à la renommée mondiale qu'il a remportée deux fois dans la catégorie reine, en 2010 avec Audi et en 2016 avec Porsche.
Mais l'édition 2026 pourrait être une consécration pour Dumas.
Avec RD Limited, il alignera son Oreca 07 Gibson (catégorie LMP2) qu'il a déjà emmenée au championnat asiatique "Asian Le Mans Series" lors des deux dernières saisons du Championnat du monde d'endurance (WEC).
- Pilotage en apnée -
Une semaine après Le Mans, le 21 juin, l'athlète retournera dans le Colorado (ouest des Etats-Unis) pour l'emblématique course de côte de Pikes Peak, qu'il a gagnée cinq fois.
Il tentera de dompter une monstrueuse Ford Mustang électrique de 1.400 chevaux et 2,8 tonnes pour avaler en moins de neuf minutes 20 kilomètres et plus de 150 virages, entre 2.000 et 4.000 mètres d'altitude.
Un pilotage ultra serré, quasiment en apnée tant l'épreuve peut être dangereuse au bord des précipices.
Romain Dumas est un polyvalent au parcours éclectique, qui vit confortablement entre la Suisse et la France, mais qui refuse l'étiquette "Monsieur du sport auto français".
"Ce serait bien trop prétentieux", balaie-t-il.
Et "ne pas avoir la notoriété de Sébastien Loeb ou d'Alain Prost, ça ne me dérange vraiment pas", assure le pilote dont le "modèle" est "le plus grand champion français de sport automobile, Gérard Larrousse".
Comme Larrousse, 86 ans, peu connu du grand public malgré son palmarès en endurance, rallye et F1 dans les années 1960-1970, Dumas veut continuer de courir car il se sent "compétiteur né".
"Il y a des catégories où je peux encore essayer d'apprendre, d'être performant et de progresser, comme le Dakar et Pikes Peak", conclut-il.
S.Schmitt--JdCdC