Faire son plein ou aller au resto : les restaurants plombés par les tensions sur le pouvoir d'achat
Dépense plaisir par excellence, la sortie au restaurant fait les frais des tensions sur le pouvoir d'achat aggravées par la hausse des prix à la pompe, ce qui met sous pression des restaurateurs déjà confrontés à un changement des habitudes de consommation.
"La majorité des segments de restauration ont connu cet été un ralentissement et la restauration à table a perdu 2% de chiffre d'affaires cet été", note Florence Berger du cabinet Food Service Vision, qui a publié cette semaine ses données économiques estivales.
Entre juin et août, la fréquentation des restaurants a baissé de deux points par rapport à la même période de 2025. Seuls ont émergé les commerces de proximité (+1% de chiffre d'affaires cet été) et les cafés/bars/pubs (+2%) qui ont bénéficié de l'effet Coupe du monde et des consommations plus tardives liées à la chaleur.
Cet été morose s'ajoute à un début d'année compliqué pour le secteur : "la tension sur le pouvoir d'achat, qui s'est accentuée depuis le mois de mars et le conflit Iran-États-Unis, pèse sur la clientèle des restaurants qui est dans une situation d'arbitrage des dépenses de loisir", souligne François Blouin, patron de Food Service Vision.
C'est particulièrement vrai "chez les consommateurs les moins aisés, où le poids du prix de l'essence dans la vie quotidienne vient directement amputer la capacité à dépenser dans la restauration", poursuit-il.
La restauration est le troisième poste de dépenses le plus souvent sacrifié, derrière l'habillement et les sorties culturelles, selon le cabinet.
Ceux qui vont encore au restaurant consomment moins, en particulier moins de boissons alcoolisées, devant le fromage et les entrées.
Un phénomène accentué par les vagues de canicule cet été : "un Français sur deux déclarait consommer moins d'items en restaurant cet été. Pendant les périodes de canicule, cette proportion est passée à 6 sur 10", indique Florence Berger, citant des études internes.
"Le facteur prix est un facteur majeur, les restaurateurs qui utilisent des offres promotionnelles arrivent à tirer leur épingle du jeu car les consommateurs sont très regardants sur le rapport qualité prix", constate Damien Rodière, directeur général de la plateforme de réservation TheFork.
"Aujourd'hui, en France, il n'y a quasiment plus un restaurant qui peut dire qu'il est complet tout le temps", estime-t-il.
- Expérience -
"Les consommateurs sont plus exigeants. On va au restaurant pour le rapport qualité prix et l'expérience", renchérit Christophe Gaschin, directeur général de Bertrand Franchise, groupe de restauration à la tête de nombreuses enseignes (Burger King, Hippopotamus, Au Bureau...)
Il recommande à ses franchisés de ne pas augmenter les prix, le modèle de la franchise permettant d'absorber les hausses de coûts avec les volumes.
Les difficultés du secteur rendant les banques plus frileuses, le groupe a lancé au printemps un fonds pour permettre aux candidats à la franchise d'étoffer leur apport personnel, dans un contexte où ce modèle attire de plus en plus selon lui, pour son côté sécurisant.
Depuis plusieurs mois, les organisations professionnelles s'alarment des difficultés du secteur.
L'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) déplore 25 fermetures de restaurant par jour. Selon son baromètre, lancé avec l'ordre des experts-comptables, au deuxième trimestre 2026, le chiffre d'affaires moyen des entreprises de restauration traditionnelle a reculé de 6,5% sur un an.
"Là où on fait d'habitude l'été, le midi, une centaine de couverts, on peinait à en faire une vingtaine", témoigne cette semaine Émilie Pannier, restauratrice au Mans interrogée sur ICI Maine.
"D'habitude, on ferme fin octobre, début novembre, une quinzaine de jours, c'est nos vacances d'été. Cette année, on n'en prend pas, parce que la trésorerie ne permet pas de prendre de vacances", poursuit-elle.
Selon une enquête du GHR, autre organisation patronale du secteur, plus d'une entreprise sur deux se déclare fragilisée ou en difficulté et, selon les métiers, 86% à 97% des répondants indiquent disposer d'une capacité d'investissement limitée ou nulle, ce qui conduit à une hausse des défaillances.
Jusqu'à il y a peu, ces fermetures étaient compensées par l'ouverture de nouveaux restaurants mais, depuis début 2026, ce n'est plus le cas, constate François Blouin, observant toutefois que cette évolution peut mener à une forme de régulation d'un marché jusqu'ici saturé.
L.Leroy--JdCdC