Macron et Milei vont parler minerais critiques à l'Elysée
Emmanuel Macron reçoit jeudi son homologue argentin ultralibéral Javier Milei afin de renforcer les relations avec ce pays "important" d'Amérique latine, notamment dans les minerais critiques, malgré les différends de fond sur le multilatéralisme et l'Europe.
Les deux dirigeants se retrouvent à 18H30 (16H30 GMT) à l'Elysée pour un entretien bilatéral suivi d'un échange avec des entreprises françaises déjà engagées en Argentine ou susceptibles de l'être, a précisé l'Elysée.
Javier Milei, fervent admirateur de Donald Trump, est en France jusqu'à samedi dans le cadre de "l'Argentina Week", un rendez-vous destiné à attirer des investissements européens dans son pays.
Il n'en aura pas moins droit à des honneurs militaires aux Invalides dans ce que l'Elysée qualifie désormais de "visite officielle" et non plus seulement de "travail".
"Il s'agit d'une visite officielle à l'occasion de l'Argentina Week", "pas d'une visite d'Etat", relève toutefois la présidence française, même si les honneurs militaires aux Invalides suggèrent une attention toute particulière.
Emmanuel Macron, qui avait déjà rendu visite à Javier Milei en 2024, entend "maximiser les intérêts de la France auprès d'un pays important en Amérique latine", "notamment pour les relations économiques et commerciales" et "les minerais critiques, lithium et cuivre", souligne un conseiller de l'Elysée.
La France, septième investisseur en Argentine, y est déjà présente dans les mines avec le groupe Eramet. Mais "il y a urgence" pour l'Europe à faire plus, concède l'Elysée, face à la course effrénée pour l'accès à ces minerais menée par la Chine et les Etats-Unis.
- Mercosur -
Le président argentin est lui-même accompagné d'une importante délégation d'une demi-douzaine de ministres, d'une dizaine de gouverneurs de provinces, minières notamment, et de chefs de grandes entreprises.
L'accord de libre-échange avec les pays du Mercosur, qui avait provoqué une levée de boucliers des agriculteurs en France, sera aussi au menu des discussions.
"Nous sommes confiants que le bilan, in fine, respectera nos intérêts", assure toutefois la présidence française. Dans ce type d'accords, "les entreprises européennes se trouvent ensuite en meilleure situation d'exporter mais il faudra naturellement le vérifier", ajoute-t-elle.
L'Elysée promet par ailleurs un échange ferme sur les sujets qui fâchent: ONU, Union européenne ou Malouines.
Javier Milei n'a pas mâché ses mots contre l'Europe à la veille de sa visite, jugeant qu'elle est "en train de couler" entre "État-providence pervers" et "problème migratoire terrible".
"Le président Macron aura à cœur de lui dire que, quoi qu'il en pense et en dise publiquement, l'Union européenne est une institution importante dont nous souhaitons qu'elle joue tout son rôle sur la scène internationale", souligne le conseiller élyséen.
Le président argentin s'est aussi livré dernièrement à une violente charge contre l'ONU, depuis le siège même de l'organisation, la qualifiant d'"inutile" et au service d'une "caste de parasites", quand son homologue français a conclu son discours à la même tribune d'un "Vive les Nations unies".
- "Milei dehors" -
L'Argentin Rafael Grossi, patron de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), n'en est pas moins candidat à la succession du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.
"Le président argentin fait activement la promotion de la candidature d'un diplomate argentin de grand talent pour ce poste. Il y a quand même des zones de convergence sur lesquelles nous pouvons atterrir", suggère le conseiller d'Emmanuel Macron.
Sur les Malouines, archipel de l'Atlantique sud dont Buenos Aires et Londres se disputent la souveraineté, l'Élysée appelle au "calme et à la sérénité" ainsi qu'au "respect par l'Argentine" des procédures internationales" pour le règlement des différends territoriaux.
Javier Milei, dopé par le soutien perçu de Donald Trump, a invoqué début septembre "des vents favorables" à la revendication historique de l'Argentine sur ces îles et annoncé des sanctions pour tout projet pétrolier britannique autour de l'archipel.
Élu en 2023 en brandissant une tronçonneuse contre "l'État ennemi" et la dépense publique, le président argentin, qui se décrit volontiers comme "anarcho-capitaliste", reste très clivant.
Mercredi soir, environ 150 manifestants ont protesté place du Trocadéro à Paris contre sa politique, scandant "Milei dehors!", "Persona non grata en France et en Europe", a constaté un journaliste de l'AFP.
L'organisation Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé de son côté "une mécanique de discrédit et de dénigrement systématiques" du chef de l'État argentin à l'encontre des journalistes, après avoir recensé 1.674 publications hostiles à la presse en 47 jours, soit plus de 35 par jour.
N.Nicolas--JdCdC