La "Luce" de Ferrari, un premier modèle électrique qui doit encore convaincre
Un bolide à cinq places très rapide, confortable et silencieux: Ferrari a dévoilé lundi et mardi son premier modèle entièrement électrique, la "Luce", mais doit encore convaincre les investisseurs.
Le constructeur italien de voitures de luxe a présenté lundi à Rome à des clients triés sur le volet la Luce — "lumière" en italien — affichée à 550.000 euros.
Réputé pour ses puissants moteurs, Ferrari vend déjà près de la moitié de ses voitures en version hybride. Mais la marque au cheval cabré a pris plusieurs années avant de rejoindre sur le segment de l'électrique des concurrents tels que Porsche, Lamborghini ou Rimac, dans un marché des voitures de sport encore réticent aux modèles à batterie.
Ferrari promet de hautes performances pour une voiture à cinq places, qui peut passer de 0 à 100 km/h en 2,5 secondes et atteindre une vitesse maximale de plus de 310 kilomètres à l'heure, selon un communiqué publié lundi soir.
Avec sa grosse batterie de 122 kilowattheures, la Luce affiche aussi une bonne autonomie, de plus de 530 kilomètres - et pèse 2,26 tonnes, ce qui en fait la Ferrari la plus lourde jamais produite. La recharge sur des bornes ultra-rapides (de 10 à 80%) devrait durer entre 20 et 25 minutes.
Il s'agit du deuxième modèle Ferrari à quatre portes de l'histoire de la marque après le SUV Purosangue, et du premier modèle cinq places pour une marque plus connue pour ses filants coupés.
"Ce nouveau modèle transmet vers l'avenir les valeurs qui rendent Ferrari immédiatement reconnaissable dans le monde entier", a déclaré John Elkann, président de Ferrari (et de Stellantis), après avoir présenté la voiture au président de la République italienne.
Si la marque a développé elle-même de nombreux composants, le dessin de la voiture a été confié au collectif LoveFrom de l'américano-britannique Jony Ive, ancien designer des iPhones, et de l'australien Marc Newson.
Ferrari la définit comme une "coquille" et une "maison de verre", avec des feux invisibles une fois éteints à l'avant, et rappelant à l'arrière des modèles célèbres comme la 360 Modena.
Fabriqués à Maranello (nord) dans une usine flambant neuve, les premiers exemplaires doivent être livrés au dernier trimestre 2026.
- Doutes des investisseurs -
Les investisseurs ne sont pas encore convaincus par ce virage électrique. L'action Ferrari signait mardi matin la pire performance de la Bourse de Milan, perdant 6,16% à 290,9 euros à 11H38 (09H38 GMT).
"Nous restons d'avis qu'un modèle électrique affichant un prix élevé (...) ne générera pas de volumes importants", ont commenté dans une note les analystes d'Equita. "Nous ne considérons pas que les volumes de ce modèle soient déterminants pour influencer les résultats du groupe, mais puisqu'il s'agit d'un premier modèle avec une nouvelle motorisation, il est important de préserver l'image de qualité et de performance".
Pour la banque Akros, si le passage à l'électrique fait baisser les marges de la marque, "le prix extrêmement élevé (plus de 700.000 euros après personnalisation) compense" cependant "largement" cette baisse. Pour ses analystes, ce nouveau modèle attirera "une nouvelle base de clients" chez Ferrari.
L'action Ferrari avait déjà plongé en octobre 2025 à la présentation des premiers détails de la Luce, les analystes jugeant que la marque n'était pas assez ambitieuse quant à la hausse de ses ventes.
Dans son usine de Maranello, le directeur général de Ferrari, Benedetto Vigna, avait défendu son strict contrôle du nombre de voitures produites. Il avait aussi voulu rassurer en soulignant que ce modèle était "un ajout (à la gamme), pas une transition" vers l'électrique, Ferrari gardant une large offre hybride dotée de puissants moteurs à essence pour ses riches "Ferraristi".
Le lancement de la Luce intervient alors que d'autres constructeurs automobiles ont mis un coup de frein sur l'extension de leur gamme électrique, en raison d'une demande inférieure aux prévisions.
Ferrari avait aussi revu ses ambitions à la baisse fin 2025 en prévoyant que les modèles électriques représentent 20% de son offre en 2030, contre un objectif précédent de 40%.
En 2025, la marque a vendu 13.640 bolides pour un bénéfice net de nouveau en hausse, à 1,6 milliard d'euros.
J.Dupont--JdCdC