Désarmement nucléaire: Washington réclame des négociations incluant la Chine, accusée de mener des essais
Les Etats-Unis ont appelé vendredi au lancement de négociations multilatérales de contrôle des armements nucléaires incluant la Chine, qu'ils accusent d'avoir mené des essais nucléaires cachés, notamment en 2020.
Au lendemain de l'expiration du traité New Start entre les Etats-Unis et la Russie qui avive les craintes de prolifération, Moscou n'a pas exclu de telles discussions avec Pékin, mais les a conditionnées à la participation de la France et du Royaume-Uni.
"Les violations répétées du traité New Start par la Russie, l'augmentation des stocks mondiaux et les lacunes de sa conception et de sa mise en œuvre imposent aux États-Unis l'impératif clair de réclamer une nouvelle architecture (...)", a déclaré le sous-secrétaire d'Etat chargé du contrôle des armements, Thomas DiNanno, devant la Conférence du Désarmement au siège de l'ONU à Genève.
"A cette heure, l'arsenal nucléaire chinois, dans son intégralité, est sans limite, sans transparence, sans déclaration et sans contrôle", a-t-il ajouté, accusant également Pékin d'avoir mené, notamment en juin 2020, des tests nucléaires cachés.
"La Chine a procédé à des essais nucléaires, notamment en vue d'essais d'une puissance de plusieurs centaines de tonnes", a-t-il déclaré, accusant même l'armée chinoise d'avoir "cherché à dissimuler ces essais" en utilisant une "méthode visant à réduire l'efficacité de la surveillance sismique".
En novembre, le président Trump avait déjà affirmé que la Chine, comme la Russie, faisait des essais "mais ils n'en parlent pas", sans fournir plus de précisions. Pékin avait alors démenti.
De son côté, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a estimé que "le contrôle des armements ne peut plus être une question bilatérale entre les Etats-Unis et la Russie", dans un article en ligne détaillant la proposition américaine à Genève.
"D'autres pays ont la responsabilité de contribuer à garantir la stabilité stratégique, et aucun plus que la Chine", a-t-il ajouté.
Le président américain Donald Trump avait réclamé jeudi un "nouveau traité amélioré et modernisé" avec la Russie, après l'expiration du dernier traité bilatéral de désarmement nucléaire entre les deux pays.
- "Responsable" -
Les Etats-Unis souhaitent de longue date associer la Chine à toute future discussion, mais Pékin l'exclut pour l'instant.
"Les capacités nucléaires de la Chine sont loin d'atteindre le niveau de celles des États-Unis ou de la Russie; par conséquent, la Chine ne participerait pas à des négociations sur le désarmement nucléaire à ce stade", a répété vendredi à Genève le représentant de la Chine, Shen Jian.
A Moscou, le Kremlin a indiqué vendredi que Russie et Etats-Unis étaient d'accord pour garder une approche "responsable" et restaient prêts à négocier sur le sujet.
Mais à Genève, l'ambassadeur russe Gennady Gatilov a posé comme conditions à la participation de la Russie celles de la France et du Royaume-Uni.
"La Russie, par principe, serait impliquée dans un tel processus si le Royaume-Uni et la France, alliés militaires des États-Unis au sein de l'Otan, qui s'est déclarée alliance nucléaire, y participaient également", a-t-il déclaré lors de la réunion sur le désarmement à Genève.
Lors de la même séance, la représentante permanente française aupres de la Conférence du désarmement n'a pas directement répondu à cette exigence, mais assuré que la France soutenait "l’élaboration urgente de mesures concrètes et crédibles, susceptibles de réduire le risque d’emploi d’armes nucléaires".
"Cet objectif devrait être celui de tous les États dotés d’armes nucléaires", a ajouté Anne Lazar-Sury.
La Russie et les Etats-Unis concentrent à eux deux 80% des ogives nucléaires mondiales, mais la Chine rattrape son retard à marche forcée.
Le traité New Start est le dernier accord de maîtrise des armements liant Washington et Moscou. Signé en 2010, il limitait chaque partie à 800 lanceurs et bombardiers lourds et 1.550 ogives stratégiques offensives déployées, avec un mécanisme de vérification.
Mais il était déjà dans les limbes depuis que les inspections ont été suspendues en 2023, après l'offensive russe en Ukraine lancée l'année précédente.
L'expiration du traité a semé l'inquiétude à travers le monde, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, ayant parlé d'un "moment grave pour la paix et la sécurité internationales".
Pour M. Rubio, qui a jugé le traité New Start d'"obsolète", les Etats-Unis "négocient en position de force".
"La Russie et la Chine ne doivent pas s'attendre à ce que les Etats-Unis restent les bras croisés pendant qu'elles se soustraient à leurs obligations et renforcent leurs forces nucléaires", a écrit Marco Rubio sur la plateforme Substack.
R.Roux--JdCdC