Lyhanna: Darmanin réunit les procureurs généraux, manifestations attendues devant les tribunaux
Gérald Darmanin réunit lundi à la Chancellerie les procureurs généraux pour leur demander une revue des plaintes concernant des enfants victimes dans le sillage de l'affaire Lyhanna, tandis que des collectifs féministes et de la protection de l'enfance ont appelé à des rassemblements devant les tribunaux.
Le garde des Sceaux a convoqué les procureurs généraux - représentants du ministère public au sein des 36 cours d'appel de France - à 08H30 pour une "réunion de travail".
Il va leur dire qu'ils ont jusqu'au 14 juillet "pour reprendre l'intégralité des plaintes qui touchent les enfants", soit environ 70.000, comme le ministre l'a annoncé dès dimanche sur LCI.
"On va prendre ressort par ressort, toutes les plaintes" et "il n'y a pas un haut magistrat qui va partir en vacances" tant que ce recensement n'aura pas été fait, a prévenu Gérald Darmanin, alors qu'une marche blanche réunissait 6.000 personnes en hommage à Lyhanna à Fleurance, dans le Gers.
Depuis la découverte du corps de la fillette de 11 ans et les révélations sur des plaintes pour viols sur mineures - certaines procédures ayant ensuite été classées - dont le suspect a fait l'objet, le garde des Sceaux occupe le terrain médiatique, se disant d'abord "terrifié" lors d'un déplacement jeudi à Béziers, puis pointant le lendemain sur X "les dysfonctionnements accablants et inacceptables des services de l'Etat".
Vendredi soir sur TF1, il a présenté ses "excuses" à la famille de Lyhanna au nom de l'institution judiciaire, qui a "failli dans le suivi des plaintes" déposées contre le suspect, et a menacé de "sanctions" des magistrats si des "défaillances, des fautes professionnelles" étaient "avérées".
Une inspection (justice, gendarmerie et Education nationale) doit rendre ses conclusions sous 15 jours.
- "Urgence absolue" -
La plainte qui concentre les critiques avait été déposée le 22 août 2025 à Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne) par la mère d'une fillette de 11 ans, pour des viols commis entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile du suspect.
Après avoir réalisé plusieurs actes d'enquête, dont des examens médicaux-légaux corroborant les déclarations de la petite fille, le parquet de Toulouse s'était dessaisi au profit de celui d'Auch, territorialement compétent. Transmis par la Poste fin 2025, le dossier n'a été adressé par le parquet d'Auch à la gendarmerie de Lectoure que le 9 janvier 2026.
Et malgré des "éléments d'enquête assez accablants", le suspect n'avait toujours pas été entendu au moment de la disparition de Lyhanna, a déploré dimanche soir sur France 2 le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Son collègue Gérald Darmanin a lui regretté une "absence de priorisation" dans le traitement de cette plainte, alors qu'"un viol sur enfant, c'est urgence absolue".
Dans un communiqué vendredi, la Conférence nationale des procureurs généraux (CNPG) et celle des procureurs de la République (CNPR) avaient réagi aux déclarations du garde des Sceaux, estimant qu'aucune responsabilité ne pouvait être établie ni aucune sanction prononcée avant les conclusions de l'inspection.
L'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) a de son côté pointé une inflation d'instructions - "42 circulaires et 72 dépêches depuis 2025" selon son secrétaire général adjoint Aurélien Martini - et la tentative de trouver "des boucs émissaires et vite".
La question des moyens - évacuée par le président de la République Emmanuel Macron - devrait être également sur la table de la "réunion de travail" lundi place Vendôme.
Si le budget de la justice a augmenté ces dernières années, il ne comble pas selon le président de la CNPR, Frédéric Chevallier, un retard structurel: la France compte trois procureurs pour 100.000 habitants, contre 12,2 en moyenne en Europe. Le magistrat relève par ailleurs que la justice ne représente que cinq euros sur 1.000 du budget de l'Etat, et que plus de la moitié du budget du ministère part vers les prisons.
Plusieurs collectifs féministes et de protection de l'enfance ont de leur côté appelé à des rassemblements lundi à 19H00 devant le ministère de la Justice et devant une centaine de tribunaux. Dénonçant une "défaillance systémique des institutions", la Fondation des femmes a notamment demandé "une loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants".
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D.Dubois--JdCdC