Au moins 50 militaires maliens tués dans une attaque des indépendantistes et des jihadistes samedi
Au moins 50 militaires sont morts samedi dans le nord du Mali lors d'une des attaques les plus meurtrières subies par l'armée depuis le début du conflit qui ravage ce pays d'Afrique de l'ouest depuis une quinzaine d'année.
La coalition des indépendantistes touareg et de jihadistes a tendu une embuscade samedi contre un convoi de l'armée qui quittait la ville stratégique d'Anéfis dans le nord du pays pour se rendre dans la grande ville de Gao.
"Le bilan provisoire de l'attaque est très lourd. Plus de 50 militaires tués. Et au moins 24 prisonniers", a indiqué à l'AFP un élu local du nord proche de la junte au pouvoir.
Ce convoi quittait la ville d'Anéfis, théâtre ces dernières semaines d'âpres combats pour son contrôle.
Début juillet, une offensive d'envergure coordonnée du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), affiliés à Al-Qaïda, et des indépendantistes du Front de libération de l'Azawad (FLA,) s'était soldée par la prise temporaire de la ville, encerclant le camp militaire défendu par les Forces armées maliennes et les paramilitaires russes d'Africa Corps.
"C'est un bilan lourd. Certains de nos hommes ont été purement exécutés", a déploré une source au sein de l'armée malienne qui précise que des investigations sont en cours pour comprendre les défaillances tactiques ayant conduit à un tel revers. "Nous sommes en train de voir ce qui a réellement pu rendre nos hommes aussi vulnérables."
"Mon mari a été tué samedi dans les combats. Il faut que le gouvernement nous dise la vérité. Il y a trop de morts", se lamente l'épouse d'un militaire tué lors de l'embuscade.
- "Aucun russe tué" -
Les paramilitaires russes qui soutiennent l'armée malienne étaient déjà arrivés à Gao au moment de l'attaque et n'ont pas subi de pertes, selon les sources consultées par l'AFP.
"Aucun russe n'a été tué. Les morts sont dans les rangs de l'armée et des milices de l'Etat", a indiqué un chef de communauté de la région de Gao.
"Il y a eu un problème de coordination entre les Russes et l'armée. Les Russes étaient devant. Ils sont arrivés à Gao sans perdre un seul homme", a confirmé un élu local.
L'attaque a été revendiquée par le JNIM et les indépendantistes du FLA.
Dans un communiqué, l'armée a reconnu samedi que son convoi était "tombé dans une embuscade tendue par des groupes armés terroristes", sans donner de bilan.
Le Mali est en proie depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire nourrie notamment par les violences de groupes affiliés aux organisations jihadistes Al-Qaïda et Etat islamique, ainsi que de groupes criminels communautaires et de mouvements touaregs indépendantistes. Elle s'ajoute à une grave crise économique.
Depuis deux coups d'Etat successifs en 2020 et 2021, le pays est dirigé par des militaires arrivés au pouvoir sur la promesse de rétablir la sécurité et de conserver son intégrité territoriale.
En août 2024, l'armée malienne et les paramilitaires russes Wagner, qui ont précédé l'Africa Corps, avaient essuyé une importante défaite dans la localité de Tinzaouatène (nord), à la frontière algérienne. Des séparatistes et des jihadistes avaient affirmé avoir tué des dizaines de paramilitaires russes et de soldats maliens lors de combats.
L'armée et Wagner avaient reconnu des pertes importantes, sans donner de bilan précis.
En septembre 2024, le JNIM revendique une double attaque d'une rare ampleur contre l'aéroport militaire de Bamako, la capitale, et contre l'école de gendarmerie, qui fait plus de 70 morts et 200 blessés, selon des sources sécuritaires.
Ces derniers mois, les combats ont repris en intensité au Mali depuis une vaste offensive du JNIM et du FLA fin avril à travers le pays, lors de laquelle le ministre de la Défense a été tué et la ville stratégique de Kidal prise par cette coalition.
La perte de Kidal est un camouflet pour la junte qui a pris le pouvoir à Bamako en 2020 sur la promesse de rétablir l'intégrité territoriale du Mali.
L.Leroux--JdCdC