Journal du Club des Cordeliers - Sous les projecteurs de Miss Monde, la douleur d'une sœur endeuillée

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Sous les projecteurs de Miss Monde, la douleur d'une sœur endeuillée
Sous les projecteurs de Miss Monde, la douleur d'une sœur endeuillée / Photo: Nhac NGUYEN - AFP

Sous les projecteurs de Miss Monde, la douleur d'une sœur endeuillée

En se préparant à monter sur scène pour représenter l'Ethiopie au concours Miss Monde, au Vietnam, Ruth Yirgalem Weldesilasie n'a que sa sœur en tête, enlevée et assassinée peu de temps avant la compétition.

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"Je vais transformer ma douleur en mission", déclare cette femme de 25 ans à l'AFP dans la ville côtière de Nha Trang, où 111 femmes se rassemblent pour la finale du concours, samedi soir.

Cet été, sa sœur aînée, Kidusan Yirgalem Weldesilasie, 29 ans, a été kidnappée et une rançon a été exigée.

Fin juillet, le corps de Kidusan a été retrouvé, ses restes répartis dans deux valises. L'ex-petit ami de Ruth et le compagnon de sa sœur figurent parmi les dix suspects arrêtés, selon les médias locaux.

"Imaginez que la personne à laquelle vous tenez le plus ait, du jour au lendemain, un prix — qu'on vous demande de payer un prix" pour elle, raconte la candidate à l'AFP. "C'était dur, très dur."

Elle portera son deuil sous les projecteurs samedi soir, une décision contre-intuitive qui lui aura demandé d'aller contre son instinct.

"Je sais que quand je rentrerai demain, je vais m'asseoir sur mon canapé, essayer de réfléchir à tout ça et pleurer toutes les larmes de mon corps", confie-t-elle.

Mais elle est portée par la mémoire de sa sœur.

Pour elle, le fait de monter sur scène samedi est une manière de servir la grande sororité des femmes, même si sa propre sœur n'est plus.

"Je veux que les femmes pensent au-delà de ce qu'elles traversent", dit-elle. "Je veux montrer au monde que même quand le monde est dur avec vous, vous pouvez vous en sortir."

- Violences endémiques -

La soirée de samedi sera celle de la 75e édition du plus ancien concours de beauté du monde.

Critiqués pour avoir réduit les femmes à des objets de glamour, sapant ainsi la cause féministe, les concours se sont davantage concentrés ces dernières années sur les actions caritatives et militantes des candidates — tout en continuant de proposer des spectacles hauts en couleur.

A l'occasion d'une pause entre les répétitions, devant l'hôtel où elle séjourne avec ses concurrentes, Ruth Yirgalem Weldesilasie souligne auprès de l'AFP les graves problèmes qu'elle espère mettre en lumière par sa présence.

Les projets qu'elle porte concernent le bien-être psychologique des enfants et la santé des mères. Quand on soigne une femme, "on lui rend sa dignité", dit-elle. "On lui donne une autre vie."

Mais en parcourant son pays, elle a constaté qu'il était nécessaire d'alerter sur de nombreuses autres problématiques, dans une société éthiopienne où les violences faites aux femmes et aux filles sont endémiques.

Les données de l'ONU montrent que près de 20 millions de femmes en Ethiopie ont été mariées ou vivent en union avant l'âge de 18 ans.

Le taux des mutilations génitales féminines, s'il décline, avoisine encore les 50% chez les femmes de 15 à 49 ans.

Une pétition pour demander au gouvernement de décréter une "crise nationale" concernant les violences faites aux femmes a été signée par près de 170.000 personnes.

Des décennies d'instabilité et la guerre qui a ravagé le nord de l'Ethiopie entre 2020 et 2022 ont aggravé la situation pour de très nombreuses femmes.

En affrontant son deuil pour malgré tout concourir à Miss Monde, Ruth Yirgalem Weldesilasie espère trouver au Vietnam une plateforme pour en dénoncer les injustices.

"C'est quelque chose que je veux faire depuis toujours", explique-t-elle.

Avant son départ, Ruth s'est dit que, même si elle ne pouvait pas ramener sa sœur à la vie, "si j'y vais, au moins je ferai certaines choses."

J.Petit--JdCdC