L'ancien président du Kosovo Hashim Thaçi condamné à 25 ans de prison pour crimes de guerre
Un tribunal spécial pour le Kosovo établi à La Haye a condamné mercredi l'ex-président du Kosovo, Hashim Thaçi, à 25 ans de prison pour des crimes de guerre commis par la guérilla kosovare des années 1990 contre les forces serbes.
Le panel de juges internationaux des Chambres spécialisées sur le Kosovo a notamment reconnu M. Thaçi coupable "d'arrestation illégale, de torture, de meurtre et de traitement cruel".
"La Chambre vous condamne à une peine unique de 25 ans d’emprisonnement, sous déduction de la période de détention déjà effectuée", a déclaré le juge président Charles Smith pendant la lecture du verdict.
M. Thaçi, vêtu d'un costume sombre, d'une chemise blanche et d'une cravate, a écouté de manière impassible le verdict.
- "Jugement terrible" -
"Un jugement terrible pour le Kosovo, pour notre guerre de libération. C’est une décision triste, injuste, imméritée", a pour sa part déclaré le ministre des Affaires étrangères du Kosovo, Glauk Konjufca, aux médias devant le tribunal.
Hashim Thaçi est considéré comme un héros par de nombreux habitants du Kosovo.
De nombreuses personnes s'étaient rassemblées dans la capitale pour suivre le prononcé de la peine sur de grands écrans. Sur la place centrale de Pristina, un compte à rebours avait été mis en place jusqu'à l'heure du verdict, accompagné du message "le Kosovo attend". Les mêmes panneaux avaient été installés dans d'autres villes.
Au moment du rendu du verdict, la foule est devenue silencieuse, beaucoup semblant choqués par la décision, ses partisans s'attendant à une libération. Des préparatifs avaient déjà commencé pour préparer son retour au pays.
Mais une fois qu’il est devenu clair que l’ancien président resterait en détention, la place centrale de Pristina s’est quasiment vidée en quelques minutes.
Plus de trois ans après le début de ce procès de première instance, les Chambres spécialisées sur le Kosovo ont déclaré M. Thaçi, ancien chef politique de l'Armée de libération du Kosovo (UCK), coupable de crimes commis par cette guérilla pendant la guerre contre les forces serbes, et immédiatement après ce conflit, en 1998 et 1999.
Président du Kosovo au moment de son inculpation en novembre 2020, M. Thaçi avait démissionné et s'était rendu à la Haye, où il avait été placé en détention.
- Assassinats et tortures -
L'accusation a évoqué lors du procès des assassinats, tortures, persécutions et détentions illégales de personnes dans des camps au Kosovo et dans le nord de l'Albanie.
Ces crimes ont été commis par des membres de l'UCK à l'encontre de centaines de civils, des Serbes, des Roms et des Albanais du Kosovo considérés comme des opposants politiques, selon l'acte d'inculpation.
Environ 13.000 personnes ont été tuées dans le conflit au Kosovo, dont 11.000 Albanais kosovars, pour la plupart des civils. Cette guerre a pris fin avec une campagne de bombardements de l'Otan qui a contraint les forces serbes à se retirer de ce territoire.
Pour la plupart des habitants du Kosovo d'origine albanaise, Hashim Thaçi et l'UCK sont les symboles de la lutte pour l'indépendance.
Outre l'ancien chef de l'Etat, ont été jugés dans ce procès Kadri Veseli, le patron du renseignement de l'UCK et un des plus proches alliés de M. Thaçi, Jakup Krasniqi, le porte-parole de la guérilla, et Rexhep Selimi, le chef de ses opérations.
Krasniqi a été condamné à 25 ans de prison, Selimi à 13 ans et Veseli à 18 ans.
Les quatre ont été jugés pénalement responsables de la détention arbitraire et de la torture de centaines de personnes, ainsi que de 96 meurtres, selon le tribunal.
Mais ils ont été acquittés des charges de crimes contre l’humanité.
La procureur Kimberly West avait requis 45 ans de prison contre chacun des quatre hommes, inculpés de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre. Ils ont chacun plaidé non coupable.
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R.Robin--JdCdC