Meta attendu sur ses lunettes et son IA, deux paris coûteux et contestés
Le géant des réseaux sociaux Meta doit dévoiler mercredi en Californie ses nouvelles lunettes connectées, dont la caméra suscite une levée de boucliers grandissante, et présenter la suite de ses ambitions pour son pari coûteux sur l'intelligence artificielle (IA).
Son patron Mark Zuckerberg, convaincu que les lunettes dopées à l'IA remplaceront un jour le smartphone, ouvre à 16H00 (23H00 GMT) la conférence annuelle Meta Connect, à son siège de Menlo Park, au sud de San Francisco. Meta a déjà annoncé que Muse, son agent d'IA personnel lancé début septembre, arrivera sur ses lunettes, sans donner de date.
Ces deux paris sont censés offrir des relais de croissance au groupe américain, au-delà de la publicité générée sur Facebook et Instagram, aujourd'hui la quasi-totalité de ses revenus.
Cette activité très rentable finance cette année jusqu'à 145 milliards de dollars d'investissements, surtout dans l'IA, qui ont inquiété une partie des actionnaires.
- Fronde anti-lunettes -
Les lunettes, sur un marché mondial encore modeste, sont devenues un succès commercial: EssilorLuxottica, maison mère de Ray-Ban et Oakley et partenaire de Meta, en a vendu plus de 7 millions en 2025, et le groupe détient près de 84% du marché, selon le cabinet Counterpoint.
Mais leur caméra, visible sur l'avant de la monture, nourrit une fronde, notamment en Europe. La justice française enquête sur des vidéos de femmes filmées à leur insu dans la rue, Oslo a banni ces lunettes de ses écoles et Meta a désactivé la caméra de milliers de paires dont le voyant lumineux, censé signaler l'enregistrement, avait été masqué ou détruit, selon le site Semafor.
L'an dernier, au même salon, le directeur des produits, Chris Cox, écartait pourtant les inquiétudes devant des journalistes, dont l'AFP, en prédisant pour les lunettes "le même parcours" que pour les smartphones, les usages finissant par imposer des "normes sociales".
Les concurrents s'activent, Google et Samsung préparant leurs modèles grand public pour l'automne.
- La revanche Muse? -
Dans l'IA, les dizaines de milliards investis par Meta ont jusqu'ici peu porté leurs fruits: ses modèles ont déçu face à ceux d'OpenAI, d'Anthropic ou de Google, malgré une réorganisation à prix d'or en 2025 et quelque 8.000 suppressions de postes au printemps, sur fond de malaise interne.
Les modèles publiés depuis le printemps ont toutefois apporté un rayon d'espoir. Leur dernier débouché, l'agent Muse, capable de réserver un voyage ou de faire des achats pour son utilisateur, a relancé l'intérêt des investisseurs: le titre a gagné plus de 6% au lendemain de son lancement, et plus de 11% lundi.
Premier produit d'IA payant du groupe, de 20 à 100 dollars par mois, Muse bute toutefois sur les réticences des sites marchands: Amazon, déjà en procès contre l'agent de la start-up Perplexity, l'a bloqué lundi sur sa plateforme.
Profitant de ce regain de forme, Mark Zuckerberg s'est affiché cet été en héraut des modèles d'IA ouverts, un terrain dominé par les Chinois, face à OpenAI et Anthropic qui mènent la course. Il a aussi rejeté les appels de leurs patrons à ralentir une technologie qui progresse, selon eux, plus vite que les moyens de la contrôler.
Le groupe aborde ce rendez-vous après avoir conclu fin août avec la quasi-totalité des Etats américains des accords de plus de 18 milliards de dollars, qui brident l'usage d'Instagram et Facebook par les adolescents. Le Nouveau-Mexique et la Floride maintiennent leurs poursuites, et des milliers de plaintes de familles et de districts scolaires restent en cours.
F.Fournier--JdCdC