Pour sa rentrée, le patron de la Fed se montre plus sévère face à l'inflation
Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), désigné par Donald Trump pour baisser les taux d'intérêt, a opéré vendredi un subtil changement de ton suggérant que c'est plutôt une augmentation qui se profile pour combattre l'inflation.
Le premier discours de Kevin Warsh aux rencontres annuelles de Jackson Hole, dans un parc national de l'ouest des Etats-Unis, était très attendu par les investisseurs, frustrés par sa communication au compte-gouttes depuis sa prise de fonction en mai.
Devant un parterre de décideurs monétaires, M. Warsh a répété qu'il était de "longue date" contre l'idée de disserter sur la trajectoire possible des taux directeurs américains.
Ses déclarations n'ont toutefois laissé aucune ambiguïté sur le fait que la priorité était "maintenant" la lutte contre l'inflation, ravivée par la guerre au Moyen-Orient et l'envol des prix de l'énergie.
Or une telle insistance sur les prix laisse généralement présager un durcissement de la politique monétaire.
Cela a d'ailleurs été la lecture des marchés financiers: les investisseurs, qui s'attendaient majoritairement à un statu quo sur les taux directeurs lors de la réunion de septembre, ont opéré une bascule après le discours.
Ils sont désormais davantage à parier sur une hausse, selon l'outil de veille CME FedWatch.
La Réserve fédérale n'a plus relevé ses taux, qui guident les coûts d'emprunt, depuis l'été 2023.
M. Warsh a été désigné par le président Donald Trump qui ne cache pas attendre de lui l'inverse, c'est-à-dire une politique plus accommodante pour stimuler l'activité.
Le chef de l'Etat a mené une campagne de pression contre son prédécesseur Jerome Powell, qui s'est régulièrement élevé pour défendre l'indépendance de l'institution. Le discours de M. Warsh ne mentionne pas cette question.
- "Du travail à faire" -
Pour Heather Long, économiste de la banque Navy Federal Credit Union, "Kevin Warsh a ouvert la porte à une hausse des taux de la Fed. Cela n’interviendra probablement pas en septembre, mais en octobre ou décembre".
La banque centrale américaine est chargée de maîtriser l'inflation sans casser l'emploi: les taux sont relevés pour calmer les tensions sur les prix, ou abaissés pour relancer la machine économique et éviter que des personnes se retrouvent au chômage.
M. Warsh a qualifié de "préoccupante" la hausse des prix, qui était encore de 3,7% sur un an en juillet. La Fed vise 2%, un objectif manqué depuis plus de cinq ans.
A l'inverse, il s'est dit "impressionné par la performance générale" de la première économie mondiale, "qui semble s'être renforcée".
Du côté du marché du travail, "notre pays se porte bien".
"Dans l'ensemble, je serais difficilement en mesure de décrire les conditions financières comme restrictives", a lancé le banquier central.
"Nous avons du travail à faire" si l'inflation sous-jacente (hors prix volatils de l'énergie et de l'alimentation) ne ralentit pas "clairement et suffisamment rapidement", a-t-il appuyé.
Lors de la précédente réunion de la Fed, en juillet, trois des douze votants ont affiché leur désaccord. Ils voulaient une hausse des taux. C'est le statu quo qui l'a finalement emporté (les taux sont restés depuis décembre 2025 entre 3,50% et 3,75%).
L.Richard--JdCdC