Journal du Club des Cordeliers - Opposé à l'accueil de demandeurs d'asile, un village anglais propose une "sécession"

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Opposé à l'accueil de demandeurs d'asile, un village anglais propose une "sécession"
Opposé à l'accueil de demandeurs d'asile, un village anglais propose une "sécession" / Photo: JUSTIN TALLIS - AFP

Opposé à l'accueil de demandeurs d'asile, un village anglais propose une "sécession"

Comme d'autres communes britanniques, le village de Piddington voit d'un mauvais oeil le projet d'ouvrir un centre de demandeurs d'asile à ses portes. Mais avec seulement 350 habitants, il a choisi d'attirer l'attention de façon inédite : en organisant mardi un symbolique "référendum" sur sa sortie du Royaume-Uni.

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Dans un pays où les manifestations anti-migrants sont fréquentes et parfois violentes, cette initiative a placé Piddington - village bucolique et tranquille, sans aucun commerce, à une vingtaine de kilomètres d'Oxford - au coeur d'un débat électrique, constamment alimenté par le parti anti-immigration Reform UK et des influenceurs d'extrême droite.

Le gouvernement travailliste s'est engagé à reloger progressivement tous les demandeurs d'asile hébergés dans des hôtels - ils étaient 16.000 à fin juin 2026, soit moitié moins qu'en juin 2025, selon les chiffres officiels - pour les installer dans d'anciens sites militaires, comme celui de Bicester, tout proche de Piddington.

La décision définitive n'a pas encore été prise, mais le gouvernement envisage d'y loger quelque 1.250 demandeurs d'asile - tous des hommes célibataires entre 18 et 65 ans, selon le ministère de l'Intérieur.

- "Comment se faire entendre" -

Les habitants ont d'abord manifesté cet été, sans obtenir l'abandon du projet. Avant de décider d'organiser ce référendum, et d'aller jusqu'à présenter leur résistance au projet comme une nouvelle "Bataille d'Angleterre".

Mardi, dans la salle des fêtes du village, les habitants se voyaient remettre un bulletin de vote les invitant à voter "oui" ou "non" à la proposition suivante : "Je soutiens la volonté de Piddington de faire sécession du Royaume-Uni et de poursuivre la voie de l'autodétermination."

Tous savaient bien que ce vote sur un mini-Brexit, sans base juridique, était purement symbolique. Mais "la question est de savoir comment se faire entendre de façon différente des autres", déclare à l'AFP un habitant, Ian Darby, 63 ans.

"Ce que nous faisons est très britannique : nous votons", indique aussi Tim McNally, élu local. "Parce que c'est un sujet vraiment important... Non seulement dans cette région, mais dans l'ensemble du Royaume-Uni", ajoute-t-il.

Si le ministère de l'Intérieur assure, dans sa fiche d'information sur le projet de conversion de Bicester, que "la sûreté et la sécurité" des migrants, du personnel du site et de la population locale seraient "de la plus haute importance", les habitants de Piddington estiment ses propositions irréalistes.

- "Disproportionné" -

"Nous avons une salle des fêtes, une église du XIIe siècle et un terrain de sport, et c'est tout", souligne Ian Darby, qui se demande comment les migrants occuperaient leur temps dans la région.

"C'est totalement disproportionné. C'est une prise de contrôle de notre village, ils seront quatre fois plus nombreux que les habitants. Ils voudront sortir et se déplacer dans les environs, et cela soulève de graves problèmes", a-t-il estimé.

Comme dans d'autres communes britanniques proches de sites militaires dont la reconversion en centres d'hébergement est aussi envisagée, des femmes de Piddington disent craindre pour leur sécurité.

Dans une lettre ouverte aux 266 députées du Parlement de Westminster, 133 villageoises se disent "face à une crise".

En cas de concrétisation du projet, "la vie telle que nous la connaissons sera détruite. Nous ne nous sentirons plus en sécurité dans les rues. Nous vivons déjà dans la peur", affirment-elles.

Face à un projet qu'elle juge "inquiétant", Dita Jackson, 17 ans, étudiante et palefrenière à temps partiel, dit suivre des cours d'autodéfense.

"Ça va tout changer", renchérit Jennifer Owen, agricultrice de 76 ans. "J'ai des petits-enfants qui viennent pendant les vacances, et je m'inquiéterai pour eux", dit-elle.

Interrogé sur la chaîne ITV, le ministre Jonathan Reynolds a reconnu les inquiétudes des habitants de Piddington, mais a déclaré que le site restait plus adapté que des hôtels.

"Il n'existe pas de lieu imaginaire où ces personnes pourraient aller", a-t-il déclaré, ajoutant : "Rien de tout cela n'est agréable, rien de tout cela n'est facile."

Le résultat du "référendum" est attendu mercredi matin.

F.Francois--JdCdC