Journal du Club des Cordeliers - Dans la Drôme, un élevage de poules se débarrasse de ses cages, à l'image de la filière

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Dans la Drôme, un élevage de poules se débarrasse de ses cages, à l'image de la filière
Dans la Drôme, un élevage de poules se débarrasse de ses cages, à l'image de la filière / Photo: Charly TRIBALLEAU - AFP/Archives

Dans la Drôme, un élevage de poules se débarrasse de ses cages, à l'image de la filière

Quelques plumes au sol, une armature en fer dépouillée et le mot "batterie" qui s'efface sur de vieux panneaux numérotés. A l'extérieur du hangar, des vestiges de cages s'amoncellent dans des bennes : dans quelques mois, le bâtiment réaménagé accueillera désormais ses poules au sol.

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Les œufs dits hors cages, "c'est la demande, il faut produire ce qui se vend, c'est dans l'air du temps", explique l'éleveur Yvan Moréon, 57 ans, à des journalistes lors d'une visite organisée par l'interprofession des œufs (CNPO) à Hostun, dans la Drôme.

Son entreprise, qui élève des poules et conditionne leurs œufs, vend principalement à des grossistes qui approvisionneront la restauration hors domicile (restaurants, cantines, etc.) ou parfois des industriels.

Ces catégories consomment principalement des œufs code 2 (poules en bâtiment mais au sol) et 3 (poules en cages). En supermarché, les Français préfèrent les œufs plein air (code 1) ou bio (code 0) qui représentent à eux deux la moitié du marché français.

L'interprofession s'est fixé comme objectif de passer à 90% de poules hors cages d'ici 2030, contre 78% aujourd'hui en France. Sur les 147 bâtiments avec cages restants, la majorité a prévu des travaux pour tenir ce calendrier, selon la dernière enquête du CNPO.

- 30 euros par poule -

, évoquant une "transition vers des systèmes d'élevage sans cage" et l'abolition du broyage des poussins mâles. Cette pratique n'est déjà plus autorisée en France et les cages sont aussi interdites dans les nouveaux bâtiments.

Cette promesse européenne est arrivée après plusieurs années d'attente des défenseurs du bien-être animal, qui avaient réuni 1,4 million de signatures en 2021 dans le cadre d'une initiative citoyenne demandant l'abolition des cages.

Pour Yves-Marie Beaudet, éleveur et président du CNPO, le calendrier européen sera largement respecté par la France, engagée dans une démarche "volontaire" : si le projet est déposé fin 2026, il sera peut-être voté en 2028 avec une transition qui pourrait prendre jusqu'à dix ans... A condition de convaincre des pays plutôt réticents, comme la Pologne, car très dépendants des cages pour leur production.

Yvan Moréon et son fils Andréa ont décidé de transformer chaque année à partir de 2025 un de leurs quatre bâtiments pour un coût de 30 euros par poule, soit quelque 1,2 million d’euros par bâtiment de 45.000 poules.

Le coût d'un bâtiment neuf dépasse aujourd'hui les 50 euros par poule.

- "Eduquer" les poules -

Les travaux dureront quatre mois pour réaménager l'édifice avant l'arrivée des poulettes (les jeunes poules), qui auront besoin d'un mois pour s'acclimater à la volière et apprendre à aller pondre dans les nids. Elles y resteront un peu plus d'un an avant de partir à l'abattoir.

Pendant six mois, l'éleveur et son fils se privent, à cause des travaux, d'un quart de la production. Comme lors des périodes de "vide sanitaire" entre deux lots de poules, ils compensent en achetant des œufs ailleurs, jusque dans le Grand Ouest, principale région productrice, pour les conditionner et les revendre.

Ce qui leur permet de rentabiliser les trois millions d'euros investis ces dernières années pour automatiser le calibrage et l'emballage des œufs dans leur mini usine.

Yvan Moréon a optimisé le réaménagement des bâtiments pour pouvoir mettre autant de poules au sol qu'il en avait auparavant dans les cages.

Une organisation possible grâce aux larges allées entre les anciennes batteries de deux étages. Habituellement, le passage des cages au sol fait perdre entre 10 et 20% de places de poules aux éleveurs, le nombre de mètre carré par poule étant réglementé : 13 poules au mètre carré en cages, contre 9 au sol.

"Dans un bâtiment avec des poules au sol, il faut être plus attentif, c'est plus technique", explique Andréa, 23 ans, troisième génération d'éleveur de la famille. Mais cela prend aussi "plus de temps", surtout à l'arrivée des poules lorsqu'il faut les "éduquer". Et un peu plus d'argent car elles consomment plus d'aliment.

W.Weber--JdCdC