Journal du Club des Cordeliers - En Côte d'Ivoire, des chercheurs créent un cacao plus résistant au changement climatique

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En Côte d'Ivoire, des chercheurs créent un cacao plus résistant au changement climatique
En Côte d'Ivoire, des chercheurs créent un cacao plus résistant au changement climatique / Photo: Issouf SANOGO - AFP

En Côte d'Ivoire, des chercheurs créent un cacao plus résistant au changement climatique

Quand il ne pleut plus, "tu peux tout perdre", soupire Koffi Alexis Amani, producteur de cacao dont les plantations ont plusieurs fois dépéri sous l'effet du changement climatique en Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cet or brun.

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Comme lui, des milliers de planteurs ont vu leurs cacaoyers flétrir, parfois mourir, depuis que les pluies sont imprévisibles, moins abondantes et que les températures montent dans ce pays d'Afrique de l'Ouest particulièrement vulnérable au changement climatique, malgré sa faible participation aux émissions mondiales de CO2.

Dans ce contexte, des scientifiques du Centre national de recherche agronomique (CNRA) ont créé un cacao plus résistant au stress hydrique.

Car derrière l'enjeu climatique se jouent des intérêts économiques importants: les précieuses fèves de Côte d'Ivoire représentent 40 % de la production mondiale et 15 % du PIB national, et font vivre en tout quelque cinq millions de personnes, de manière directe et indirecte.

La demande est croissante, notamment en Europe, qui concentre 70 % des exportations de cacao ivoirien selon des données gouvernementales, possède une importante industrie de transformation et demeure le plus grand consommateur au monde de produits chocolatés.

Dans l'une des stations de recherche du CNRA, à Divo (sud), des scientifiques ont pioché parmi les meilleures variétés de cacao connues et ont essayé différentes combinaisons de reproduction.

"Nous prenons les fleurs des parents mâles que nous venons polliniser sur les fleurs des parents femelles (...) c'est leur descendance qui est prise", testée "en serre" et soumise à différents niveaux de stress hydrique, explique à l'AFP le généticien Caudou Trebissou.

En parallèle, des observations sont effectuées en laboratoire, notamment pour trouver l'origine de la résistance au manque d'eau.

Le CNRA a pour l'instant créé 11 variétés, dont les résultats ont été jugés "satisfaisants", afin qu'elles soient un jour commercialisées.

- Perte de revenus -

La recherche sur la résilience hydrique, commencée dans les années 2010, prend toutefois "du temps", note Caudou Trebissou.

Et les essais, sur les plantations ou en laboratoire, sont onéreux.

Selon le ministère ivoirien de l'Environnement, qui décrit dans un rapport un climat avec "beaucoup de fluctuations depuis les années 1950", la "pluviométrie a été particulièrement déficitaire depuis les années 1980".

"De 2003 à 2022, on a vu que les pluies ont baissé. On est seulement à 1.100 et quelques" millimètres d'eau en moyenne et par an dans la région, au lieu d'une quantité située entre 1.200 et 2.000 mm dont ont besoin les cacaoyers, précise Maryse Assi, agronome membre de l'équipe de recherche du CNRA.

Quand les plants parviennent à survivre, "on a une baisse de la floraison ou bien un décalage" et "peu de fruits", ajoute-t-elle.

Le manque de pluie crée aussi "des baisses de fertilité du sol, il y aura des éléments minéraux qui ne seront plus accessibles à la plante", poursuit la chercheuse.

Près de Bouaflé, dans le centre du pays, Anselme Kouakou a vu ses cacaoyers s'affaiblir ces dernières années.

"Quand il ne pleut pas, les branches sont sèches, les feuilles se plient" et "les cabosses sont petites", a-t-il observé. Il assure avoir déjà perdu des millions de francs CFA, soit plusieurs milliers d'euros.

- Agroforesterie -

Un constat partagé par Koffi Alexis Amani, un autre planteur à quelques kilomètres de là. En attendant les variétés miracles, M. Amani pratique avec succès - et l'aide du CNRA - l'agroforesterie, l'association de plusieurs espèces végétales sur une même parcelle.

Entre les pieds de ses cacaoyers poussent désormais des anacardiers, du bois d'iroko et des bananiers, dont les feuilles font de l'ombre aux cabosses et que les troncs irriguent, grâce à leur forte teneur en eau.

Les variétés résistantes au stress hydrique pourraient en bénéficier: selon Maryse Assi, dans un système agroforestier, elles pourraient tenir "jusqu'à 25 ans", contre cinq à 10 ans seules.

D'autant plus que les projections nationales annoncent une détérioration du climat pour les prochaines décennies, notamment une instabilité saisonnière et des épisodes météorologiques extrêmes, d'intenses sécheresses ou des pluies diluviennes.

Les températures, qui ont déjà augmenté de 1°C entre 1991 et 2020 selon un rapport du gouvernement, pourraient continuer à grimper de 1,7°C à 3,7°C d'ici à 2080, selon des études basées sur des scénarios du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec).

Si rien n'est fait, "à l’horizon 2050, l’agriculture d’exportation ivoirienne souffrira d’une baisse de production du cacao (-20 %)", alerte le gouvernement.

"L’avenir de nos vergers réside dans la recherche", affirmait début septembre le directeur général de l'organe régulateur de la filière, Yves Brahima Koné.

Le même mois, l'Etat a annoncé la création d'un institut dédié à la recherche sur le cacao et le café, à Divo.

R.Rousseau--JdCdC