Liban: 10 morts dans des frappes, le Hezbollah qualifie les négociations directes avec Israël de "violation flagrante" de la constitution
Un député du Hezbollah, Hassan Fadlallah, a réaffirmé samedi le refus du mouvement libanais pro-iranien de négociations directes entre Israël et le Liban, où de nouvelles frappes israéliennes ont tué 10 personnes dans le sud, dont trois secouristes, selon le ministère de la Santé
Trois frappes ont visé trois localités dans le district de Nabatiyé, tuant notamment un membre de la Défense civile et deux secouristes du Comité islamique de la santé, affilié au Hezbollah, a précisé le ministère.
Il a dénoncé des attaques "systématiques" sur des secouristes par Israël, en guerre contre le mouvement chiite depuis le 2 mars.
Plus de 1.900 personnes ont été tuées dans les frappes de l'armée israélienne, qui mène aussi une offensive terrestre dans le sud du Liban, depuis le début de la guerre.
Les médias d'Etat ont recensé une dizaines de localités ciblées dans la région.
A Saïda, ville côtière du sud, plusieurs centaines de personnes ont assisté aux funérailles de 13 membres des forces de sécurité tués la veille dans une frappe israélienne sur le complexe administratif de Nabatiyé.
Leurs proches, en larmes, s'accrochaient aux cercueils recouverts du drapeau libanais, a constaté un correspondant de l'AFP.
"Qui va me ramener mon mari? Qui va ramener leur père à mes enfants?", criait une veuve.
"Vous les avez laissés mourir là-bas, et maintenant vous organisez des cérémonies en leur honneur?" a lancé aux autorités un autre proche en deuil.
- "Divisions internes" -
Au lendemain de l'annonce par Beyrouth d'une rencontre mardi prochain à Washington entre les représentants du Liban et d'Israël, M. Fadlallah, a réaffirmé samedi le refus du mouvement libanais de négociations directes.
Elles sont "une violation flagrante du pacte (national), de la Constitution et des lois", a-t-il déclaré, alors que les deux pays sont officiellement toujours en état de guerre depuis des décennies.
"Elles exacerbent les divisions internes à un moment où le Liban a plus que jamais besoin de solidarité et d'unité interne pour faire face à l'agression israélienne et préserver la paix civile", a-t-il ajouté.
Vendredi, le président libanais Joseph Aoun a annoncé qu'un entretien téléphonique entre les ambassadeurs des deux pays à Washington avait eu lieu, en présence de leur homologue américain au Liban.
"Il a été convenu d'organiser une première réunion mardi au département d'Etat afin de discuter de l'instauration d'une trêve et de la date du début des négociations entre le Liban et Israël sous l'égide des Etats-Unis", a-t-il précisé, cité dans un communiqué.
Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, "devrait savoir qu'ignorer le rôle unique de la résistance et l'héroïque Hezbollah exposera le Liban à des risques sécuritaires irréparables", a réagi sur X Ali Akbar Velayati, conseiller du Guide suprême iranien.
"La stabilité du Liban repose exclusivement sur la cohésion entre le gouvernement et la résistance", a-t-il ajouté.
Le 9 mars, le président Aoun avait appelé à des "négociations directes sous parrainage international" entre les deux pays, auxquelles Israël a finalement donné son feu vert, après un appel américain à la retenue.
- "Paix civile" -
Téhéran et Washington, qui ont entamé des négociations pour mettre fin à la guerre régionale à Islamabad, s'opposent sur la question de l'inclusion du Liban dans l'accord de cessez-le-feu qu'ils ont conclu cette semaine, et Israël y a intensifié ses opérations meurtrières.
L'ambassadeur israélien aux Etats-Unis Yechiel Leiter a précisé vendredi que son pays "avait accepté d'entamer des négociations de paix officielles" avec Beyrouth mais refusait "de négocier un cessez-le-feu" avec le Hezbollah.
Un responsable du gouvernement libanais avait dit à l'AFP jeudi que le Liban demandait une trêve avant toutes négociations avec Israël.
Vendredi, plusieurs dizaines de sympathisants du Hezbollah ont manifesté devant le siège du gouvernement, pour protester contre ces discussions.
L'armée libanaise a mis en garde samedi contre "toute action susceptible de compromettre la stabilité ou la paix civile", ajoutant que ses forces "interviendraient avec fermeté pour empêcher toute atteinte à la stabilité interne"
R.Rousseau--JdCdC