Le Bénin élit son président, voie royale pour le ministre Romuald Wadagni
Le ministre des Finances du Bénin, Romuald Wadagni, est le grand favori de l'élection présidentielle dimanche face à un seul adversaire de faible envergure, après une décennie de profondes transformations économiques dans ce pays ouest-africain frappé par les violences jihadistes dans sa partie nord.
Près de huit millions de Béninois sont attendus aux urnes dimanche à partir de 07H00 (06H00 GMT) pour choisir le successeur de Patrice Talon, qui tire sa révérence après deux quinquennats comme l'exige la Constitution.
La question de la participation sera l'enjeu principal du scrutin après une campagne qui n'a pas suscité de grand engouement, l'issue étant jouée d'avance, selon la plupart des observateurs.
Soutenu par les deux principaux partis de la majorité et adoubé par Patrice Talon, le ministre Romuald Wadagni affronte Paul Hounkpè, un opposant dont la campagne a été très discrète et qui a eu besoin de l'aide d'élus de la majorité pour obtenir les parrainages requis pour se présenter.
"Il ne peut pas y avoir d'engouement, pour ça il faudrait qu'il y ait des débats, que chaque camp croie en ses chances...", pointe l'expert en processus électoral Rufin Godjo.
Et une partie des Béninois n'aura pas de candidat dimanche, puisque le principal parti d'opposition, Les Démocrates, n'a pas réussi à obtenir le nombre de parrainages nécessaires.
"Je n'irai pas voter, cette élection manque d'inclusivité. On ne peut pas parler de véritable compétition démocratique quand certains acteurs politiques majeurs sont écartés du jeu", estime Arnold Dessouassi, un enseignant de 39 ans.
A ces critiques, la majorité répond que ce sont les propres divisions des Démocrates qui ont mené à leur élimination. Ces dernières semaines, plusieurs cadres du parti ont rejoint la campagne de Romuald Wadagni.
"Les mécontents n'ont pas disparu. La tension et la frustration restent fortes, on a égorgé leurs espoirs électoraux et on leur offre une palette dans laquelle ils ne se retrouvent pas", prévient Rufin Godjo.
- "Trêve politique" -
Les Béninois n'auront pas l'occasion de s'exprimer de nouveau dans les urnes avant 2033: une réforme constitutionnelle passée l'an dernier a allongé le mandat du président de cinq à sept ans et aligné tous les scrutins la même année.
Une "trêve politique" qui doit pousser à une opposition constructive pour le développement du pays, justifie-t-on dans la majorité.
Beaucoup d'observateurs s'interrogent également sur l'attitude qu'aura le prochain président en matière de libertés publiques après le virage autoritaire opéré par Patrice Talon.
Romuald Wadagni fera-t-il un geste envers les opposants condamnés à de lourdes peines pour divers crimes ces dernières années ? Paul Hounkpè, lui, a promis de libérer les "prisonniers politiques".
Le prochain président du Bénin héritera d'un pays transformé par la décennie Talon: le PIB a doublé, la croissance dépasse 6% chaque année, l'économie s'est modernisée, le tourisme s'est développé et de nombreuses infrastructures ont vu le jour.
Architecte de ce développement après une décennie au ministère des Finances, Romuald Wadagni incarne la continuité.
- Défi jihadiste -
"La prochaine phase du développement du pays, ce sera l'éradication de l'extrême pauvreté. C'est une de ses priorités", assure l'un de ses proches, qui insiste sur la nécessité de faire des agriculteurs "des acteurs majeurs de l'économie".
Son rival Paul Hounkpè n'a pas délaissé le terrain social, promettant notamment des baisses de prix sur les produits de première nécessité.
Le taux national de pauvreté est estimé au-delà de 30% et de nombreux Béninois se plaignent de ne pas bénéficier des fruits de ce développement.
L'avancement économique du Bénin passera aussi par la stabilisation sécuritaire, à l'heure où le nord du pays est miné par des violences jihadistes de plus en plus meurtrières, menées principalement par la branche sahélienne d'Al-Qaïda, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM).
Très actif au Burkina Faso et au Niger voisin, le JNIM mène des raids meurtriers contre l'armée dans cette partie du Bénin moins développée et y recrute.
"Le problème sécuritaire jihadiste va durer. Il faut une approche structurelle en plus du militaire pur", prône l'entourage du candidat Wadagni.
S'il est élu dimanche, il devrait pouvoir compter sur la loyauté de son armée, qui avait été décisive le 7 décembre pour repousser une tentative de coup d'État contre Patrice Talon.
D.David--JdCdC