Journal du Club des Cordeliers - En Arménie, les électeurs, proies de la désinformation russe

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En Arménie, les électeurs, proies de la désinformation russe
En Arménie, les électeurs, proies de la désinformation russe / Photo: Karen MINASYAN - AFP/Archives

En Arménie, les électeurs, proies de la désinformation russe

Les électeurs arméniens votent dimanche aux élections législatives, sur fond de multiples opérations de désinformations attribuées par les experts en grande partie à la Russie, dans un contexte de turbulences dans les relations historiques entre Moscou et Erevan.

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En une semaine en mai, NewsGuard a relevé pas moins de 31 publications falsifiées, usurpant l'identité de médias réputés, dont The Telegraph et France 24, pour accuser sans preuve le Premier ministre Nikol Pachinian de fraude électorale, de vouloir la guerre avec la Russie, ou encore d'agressions sexuelles.

C'est l'"effort ultime" d'une campagne de manipulation de l'information nommée Matryoshka et liée directement à la Russie selon les experts, afin de "discréditer" l'actuel chef du gouvernement avant le scrutin, selon NewsGuard, un organisme américain de surveillance de la désinformation.

Le vote de dimanche fait office de test sur le soutien de la population à la volte-face géopolitique de M. Pachinian, dont le parti est donné favori. Il s'est détourné de l'allié historique russe et sollicite désormais les faveurs de l'UE et des Etats-Unis.

Son rival principal, l'homme d'affaires russo-arménien Samvel Karapetyan, veut, lui, préserver des liens forts entre Erevan et Moscou.

Moscou et des réseaux pro-Kremlin ont déjà été accusés d'ingérences dans des élections, notamment en Roumanie, Moldavie, France et Allemagne. La Russie dément.

"Le cas de l'Arménie sort du lot par sa durée, le volume et le nombre d'opérations impliquées. On y voit tout ce dont la Russie est capable", estime auprès de l'AFP Joseph Bodnar, co-auteur d'un rapport de l'Institut pour le dialogue stratégique (ISD) sur l'ingérence russe en amont du scrutin.

- Intérêt particulier de Moscou -

Ani Grigoryan, responsable du service de vérification au sein du média arménien CivilNet, note que ces campagnes ont commencé très tôt, "dès le printemps 2025", et qu'elles ont gagné en volume et en agressivité ces derniers mois.

Elle cite des publications propagées par Storm-1516, un réseau que les autorités françaises ont lié à une unité du renseignement militaire russe (GRU) et qui s'appuie sur de faux sites d'information, l'usurpation d'identité et des campagnes d'amplification sur les réseaux sociaux.

"Certaines ont été reprises par des médias arméniens qui pensaient qu'elles venaient de site légitimes", explique-t-elle.

Selon les données de l'ISD, l'opération Storm-1516 "a ciblé l'Arménie plus que tout autre pays entre avril 2025 et avril 2026".

Les services de renseignement arméniens avaient déjà alerté en janvier sur de vastes "opérations d'information malveillantes" visant à "influencer les votes", sans préciser les "acteurs extérieurs" soupçonnés d'en être à l'origine.

Plusieurs experts interrogés par l'AFP ont souligné que la Russie n'était pas l'unique source de manipulation de l'information avant le scrutin. Les partis qui présentent des candidats, l'Azerbaïdjan ou encore la Turquie s'y sont aussi prêté, mais Moscou a pris un intérêt particulier dans l'élection.

Le président russe Vladimir Poutine a demandé que l'Arménie choisisse par référendum entre l'appartenance à l'Union européenne ou à l'Union économique eurasiatique, dominée par Moscou, et mis en garde contre une répétition de ce qu'il a appelé le "scénario ukrainien".

- "Je l'ai vu sur Facebook" -

Jeudi, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Maria Zakharova a critiqué le rapprochement "forcé" de l'Arménie avec l'UE, et le "débarquement" d'un "détachement politique européen" à Erevan début mai.

Au-delà de narratifs négatifs visant directement le Premier ministre, Simona N., co-autrice du rapport de l'ISD, note des allégations s'attaquant à "la relation entre l'Arménie et l'UE, et particulièrement la France".

Des publications falsifiant la Une du quotidien Libération, et usurpant le logo d'un média de la diaspora arménienne aux Etats-Unis ont ainsi circulé: elles affirmaient faussement que le président Emmanuel Macron veut entraîner Erevan dans la guerre avec la Russie, et que M. Pachinian a accepté d'accueillir des milliers de migrants expulsés de l'UE, sur demande de Bruxelles.

L'impact de telles campagnes est toujours difficile à mesurer.

"Depuis deux, trois mois, on voit que les candidats de l'opposition ont aussi commencé à disséminer les narratifs russes. C'est comme ça que la Russie rentre dans l'espace informationnel arménien", note Ani Grigoryan.

Tatev Hovhannisyan, journaliste d'investigation arménienne et éducatrice aux médias et à l'information, dit qu'elle a vu ces fausses informations s'infiltrer dans les conversations quotidiennes.

Elle cite par exemple une fausse publication usurpant l'identité de la BBC et utilisant l'IA, affirmant que la France a envoyé des troupes pour soutenir le Premier ministre en cas de résultat défavorable.

"J'entends: +c'est vrai, je l'ai vu sur Facebook!+ C'est difficile d'expliquer, particulièrement aux générations plus âgées, que ce qu'ils voient n'est pas vrai", dit-elle.

F.Fontaine--JdCdC