Kosovo: la formation d'Albin Kurti en tête des législatives anticipées, mais en recul
La formation du Premier ministre Albin Kurti, Vetëvendosje (VV), est donnée largement en tête des législatives anticipées au Kosovo, marquées par une forte abstention, mais avec un score nettement en baisse par rapport au scrutin de décembre, selon les sondages sorties de urnes.
Parti tenant d'une politique sociale marquée à gauche et d'orientation nationaliste, le VV est crédité d'un peu plus de 40% des voix, un résultat qui ne lui permettra pas de former seul le prochain gouvernement et qui laisse présager des négociations compliquées.
Les premiers résultats partiels devraient être annoncés plus tard dans la soirée.
Seuls près de 37% des quelque 2 millions d'électeurs ont voté à ce troisième scrutin organisé en seize mois dans le petit pays des Balkans, confronté à une paralysie institutionnelle, selon le dernière mise à jour de la participation donnée sur le site de la Commission électorale.
En décembre, environ 45% des électeurs avaient voté.
L'enthousiasme des électeurs s'est émoussé, à cause de scrutins à répétition qui ont alimenté la frustration.
"Ca suffit!", s'est exclamé Gezim Selimi, 66 ans, enseignant à la retraite, après avoir voté tôt dimanche à Pristina. "J'attends des partis qu'ils reviennent enfin à la raison et qu'ils travaillent pour le Kosovo", at-il dit à l'AFP.
Depuis les élections de février 2025, le Parlement kosovar est dans l'impasse. Arrivé alors en tête, le VV n'avait pas réussi à bâtir la majorité nécessaire pour former un gouvernement.
Après des mois de tergiversations, le pays s'est résolu à convoquer des élections anticipées en décembre. Le VV a alors terminé de nouveau en tête – avec un meilleur score (plus de 51% des voix) – et il est parvenu à former un gouvernement.
Mais le Parlement a cette fois buté sur l'élection du ou de la présidente du pays, faute de compromis entre les partis, et il a à nouveau été dissous en avril.
Après avoir voté, M. Kurti, qui est au pouvoir depuis 2021, a appelé les citoyens à se rendre "massivement aux urnes" afin de renforcer "la légitimité et la stabilité des institutions".
- "Inutile" -
Pour Virgjina Dumnica, ce scrutin était "inutile". "Les partis politiques font preuve d'une grande immaturité car notre pays n'est pas assez riche pour organiser deux élections par an. L'argent dépensé serait mieux utilisé pour le développement" économique, martèle cette juge à la retraite de 71 ans.
Ce nouveau scrutin a coûté au pays plus de 10 millions d'euros, une somme énorme pour l'un des pays les plus pauvres d'Europe.
Interrogée la veille du scrutin, la programmeuse informatique Miranda Fazliu disait ne pas avoir intention de voter. "C'est frustrant de voir que l'élection donnera le même résultat que la dernière fois", expliquait-elle.
Quant à l'espoir de voir ce scrutin résoudre la crise politique, les experts sont prudents. "La crise va se poursuivre", estime le chercheur en économie politique Ardi Uka.
Pour Safet Gerxhaliu, professeur à l'université de Pristina, le Kosovo est englué dans une "crise systémique" (...) la plus grande depuis la déclaration d'indépendance" vis-à-vis de la Serbie en 2008.
Cette crise a empêché le pays de recevoir des fonds européens prévus par le plan de croissance de Bruxelles pour les Balkans occidentaux.
Pour l'heure, le pays a touché 62 millions d'euros sur les 980 millions disponibles, à utiliser jusqu'à fin 2027 en échange de l'adoption de plusieurs réformes.
L'inflation a dépassé les 5% en janvier, en rythme annuel, et "continue de progresser principalement sous l'effet de la hausse des prix des denrées alimentaires", note le Fonds monétaire international (FMI).
Basri Jonuzi, chimiste à la retraite, dit redouter encore d'autres scrutins, et ne s'attend pas à "de réels changements".
"Nous avons les mêmes personnes, la même mentalité. (...) Il faudrait mettre fin à cette situation, procéder (...) à la mise en place d'un système différent", afin de sortir de la crise, a-t-il étayé, en sortant d'un bureau de vote à Pristina.
L'universitaire Qemal Buqinca, 67 ans, a une formule plus simple: "On doit avoir plus d'amour pour le Kosovo que pour le pouvoir."
J.Petit--JdCdC