Défense: à Eurosatory, l'Europe se met en posture de guerre
Blindés escortés par des drones, canons en action, explosions assourdissantes et poussière jusque dans les tribunes: le salon de défense Eurosatory s'ouvre lundi près de Paris dans une Europe qui se prépare à une guerre sur son sol, au-delà de l'Ukraine.
A la veille du coup d'envoi de ce rendez-vous mondial de la défense terrestre qui a lieu jusqu'à vendredi à Villepinte, au nord-est de Paris, les démonstrations dynamiques réservées à la presse sous un soleil de plomb ont donné à voir ce que pourrait être un conflit de haute intensité.
"Nous nous préparons à vivre un combat du type de celui que mènent très courageusement les Ukrainiens", résume pour l'AFP le général Philippe de Montenon, commandant des forces et des opérations terrestres et commandant Terre pour l'Europe.
Même son de cloche chez le commissaire du salon biennal Charles Beaudouin, ancien haut responsable de l'Armée de terre française. Dans un entretien à l'AFP, il évoque la "potentialité", relayée par de nombreux observateurs et hauts gradés français, d'une "fenêtre d'opportunité" pour Vladimir Poutine de lancer "une offensive" ailleurs en Europe, à mesure que le front ukrainien se stabilise.
Par rapport à l'édition précédente en 2024, "la probabilité d'un choc à l'Est face à la Russie est de plus en plus forte" et "notre priorité est d'être prêts pour ce choc, dès ce soir", selon le général de Montenon.
- Pas de char sans drones -
Ce combat est "extrêmement consommateur de munitions et aussi de vies humaines. Il est dronisé, robotisé, numérisé", ajoute-t-il.
A Villepinte, les drones sont de toutes les démonstrations.
Les chars, confrontés en Ukraine à la menace des drones bon marché qui ont profondément remis en cause leur emploi sur le champ de bataille, apparaissent ici coiffés de cages de protection antidrone.
Les systèmes antidrones "sont plus présents" chez Rheinmetall, roi allemand des chars, admet Mathieu Dumontet de Rheinmetall Canada, interrogé par l'AFP après une démonstration. Pour lui, le char n'est "pas obsolète" s'il est accompagné de systèmes autonomes et protégé contre les drones.
En France, l'armée de Terre qui ne possédait que 4.000 drones fin 2025 est "en train d'en acquérir 14.000", a souligné Olivier Coquet, responsable de sa section technique.
Nombre "suffisant" pour entraîner les soldats, estime Philippe de Montenon alors que chaque brigade a désormais une cellule qui forme les dronistes.
- Ukraine, Israël: expertise recherchée -
L'expertise de l'Ukraine sera très convoitée au salon, qui accueille 80 sociétés ukrainiennes contre dix pour l'édition précédente en 2024.
Ils présenteront leurs drones, systèmes robotisés, mais aussi des missiles de frappe en profondeur, éprouvés dans la guerre contre la Russie.
"Les Ukrainiens sont tellement en avance qu'on ne peut que les copier", selon Charles Beaudouin. Il rappelle que ce sont des "spécialistes ukrainiens et non américains" qui ont été invités dans les pays du Golfe, cibles de drones iraniens depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février.
Les partenariats avec les Ukrainiens sont pourtant relativement rares à ce stade, surtout en France.
Vendredi, Airbus s'est associé à un pionnier des drones ukrainiens, SkyFall, en marge d'un autre salon de défense à Berlin: le géant européen apportera son expertise dans le commandement et le contrôle des opérations, tandis que SkyFall fournira ses technologies de drones éprouvées sur le champ de bataille.
Reste à savoir si Eurosatory marquera une accélération de ce type de coopérations.
Les entreprises privées israéliennes sont autorisées cette année à exposer les armes "défensives" alors qu'en 2024 la France avait initialement décrété une interdiction "totale" de la participation israélienne, en raison de la guerre à Gaza.
Avec leur très performant système de défense antimissile "Iron Dome" qui inspire jusqu'aux Etats-Unis, les Israéliens pourront donc promouvoir des capacités "dont on n'a jamais eu autant besoin", selon le commissaire du salon.
Il a mis en garde contre les "stands ambigus" exposant également des armes offensives, interdites, en laissant entendre que de tels participants seraient bannis du salon.
M.Marchal--JdCdC