Sous la pression des élus, le gouvernement renonce à imposer la consigne des bouteilles plastiques
Les élus locaux ont fait reculer l'exécutif : le gouvernement a décidé vendredi de ne pas leur imposer la consigne pour le recyclage des bouteilles en plastique, que certains qualifiaient "d'absurdité", leur proposant une "consigne volontaire et territorialisée".
"Aucun dispositif de consigne obligatoire ne sera mis en place, dans le respect des compétences décentralisées", indique le gouvernement dans un communiqué.
C'est un coup d'arrêt à un projet relancé en mai par le chef de l'Etat Emmanuel Macron.
Le président de la République avait mis en avant cette généralisation de la consigne comme un levier pour améliorer la collecte des bouteilles et leur recyclage, le principe consistant à installer des bacs dans les supermarchés pour récupérer les bouteilles usagées, moyennant quelques centimes pour les consommateurs.
Mais les élus de collectivités de tous bords politiques sont vent debout.
Fin juin, ils avaient claqué la porte d'une réunion sur le sujet organisée par le ministère de la Transition écologique, afin de protester contre ce qu'ils qualifiaient d'"absurdité" et accusaient d'être une mesure de "greenwashing" (écoblanchiment, ndlr).
Plusieurs représentants de syndicats franciliens de gestion des déchets avaient agité la menace de "suspendre le paiement de la TGAP", la taxe générale sur les activités polluantes, si le gouvernement persévérait.
"C'est la victoire du bon sens, du pouvoir d'achat, du service public et de l'environnement", a réagi auprès de l'AFP Nicolas Garnier, délégué général d'Amorce : le réseau de collectivités envisageait d'organiser une manifestation mardi à Paris, projet suspendu après la décision du gouvernement.
L'association des maires de France (AMF), Intercommunalités de France, France Urbaine et le Cercle national du recyclage ont fait part de leur "soulagement" face à cette décision de "renoncer à cette ineptie écologique et financière".
Sur le fond, les élus contestent l'efficacité de cette mesure : "lorsque je m'intéresse à l'exemple allemand, les champions de la consigne" de la bouteille en plastique pour recyclage, "on voit bien que ça a accompagné l'augmentation de la production plastique" dans le pays, a déclaré Corentin Duprey, président du Syctom, syndicat francilien de gestion des déchets.
En outre, a-t-il rappelé, les collectivités, qui ont investi dans leurs centres de tri ces dernières années, voyaient d'un mauvais œil le retrait des déchets les plus valorisables de leurs installations et le risque de devoir augmenter la taxe d'enlèvement des ordures ménagères payée par les ménages.
- "Approche territorialisée" -
"Le gouvernement fait le choix d'une approche territorialisée", a déclaré le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, cité dans le communiqué, ne souhaitant pas "pénaliser les collectivités qui ont déjà obtenu de très bons résultats".
"L'augmentation du recyclage des plastiques reste une priorité", a souligné le gouvernement vendredi, rappelant que la France était aujourd'hui très loin des objectifs fixés par Bruxelles.
Le ministère de la Transition écologique a souligné que la consigne des bouteilles est "un des 12 leviers identifiés dans le cadre du plan plastique présenté en mai dernier".
"La concertation engagée depuis maintenant trois mois a vocation à se poursuivre sur la base de l'ensemble de ces leviers, dont la consigne volontaire et territorialisée", a-t-on ajouté de même source, indiquant que le cahier des charges de la filière pollueur-payeur des emballages ménagers "fait l'objet d'une consultation du public jusqu'au 11 septembre".
Jean Hornain, directeur général de l'éco-organisme des emballages ménagers Citeo, s'est dit vendredi "inquiet" de ce nouveau cahier des charges à ce stade, regrettant, quelques heures avant l'annonce du gouvernement, que ce projet "abandonne" un des "leviers majeurs" de soutien au recyclage "qui avait été voulu par le président de la République".
Les producteurs de boissons sans alcool et d'eaux minérales ont déploré "un recul incompréhensible du gouvernement", soulignant que la France s'acquitte chaque année d'une contribution de 1,5 milliard d'euros au budget de l'Union européenne en raison de ses mauvaises performances en matière de recyclage des déchets.
"A quelques semaines d'élections sénatoriales, se mettre à dos l'ensemble du champ politique, (...) et à quelques mois d'une élection présidentielle, allumer des feux dont on n'a pas besoin et qui font l'unanimité contre eux, ça me paraît très hasardeux", avait déclaré Corentin Duprey, quelques heures avant l'annonce de la décision.
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A.Bernard--JdCdC