L'extension du conflit au Moyen-Orient propulse le pétrole, les prix à la pompe suivent
L'impasse au Moyen-Orient,l'extension du conflit vers la mer Rouge et les perturbations continues du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz provoquent une nouvelle flambée des cours du pétrole, partis pour s'installer durablement au-delà de 100 dollars, avec pour conséquence des prix inédits à la pompe.
Le baril de brut n'avait pas été aussi haut depuis le mois de mai, juste avant une accalmie au Moyen-Orient et la signature d'un protocole d'accord en juin entre l'Iran et les Etats-Unis pour mettre fin au conflit.
Mais les espoirs de résolution diplomatique semblent s'être envolés depuis le 30 août et la reprise des frappes entre les deux pays.
Les Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de l'Iran, ont affirmé jeudi avoir visé un drone marin américain dans le stratégique détroit d'Ormuz.
La veille, Téhéran avait pris pour cible une vingtaine de navires en réaction à des frappes américaines.
"Le marché réévalue donc deux éléments à la fois. Le premier est l'escalade immédiate. Le second, et de plus en plus important, est la durée du risque géopolitique", commente Stephen Innes, analyste de SPI Asset Management.
Le baril de Brent, la référence internationale du pétrole, a clôturé jeudi à 107,63 dollars, un bond de 6,34% par rapport à la veille et de plus de 20% depuis la relance des hostilités.
La référence américaine, le WTI, a lui terminé à 102,48, s'envolant de 6,69% en une séance.
- Rebelles houthis -
Malgré la reprise des frappes, les flux sortants du détroit d'Ormuz, artère capitale pour le transport d'hydrocarbures au départ du Golfe, ont été estimés mercredi par le ministre américain de l'Energie à près de 11 millions de barils par jour (mb/j).
Ces chiffres sont toutefois contestés par les analystes. "Lors de la dernière semaine d'août, nous tournions autour de 8 mb/j", mais "ces derniers jours le débit est passé à moins de 2 mb/j, plutôt autour d'1,5 mb/j", affirme auprès de l'AFP Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy.
"Le marché n'a pas encore atteint le stade où le système d'approvisionnement régional serait complètement paralysé. Mais les barils qui continuent d'affluer sont désormais assortis d'une prime géopolitique bien plus élevée", ajoute Stephen Innes.
Les inquiétudes se sont renforcées jeudi après l'annonce de la prise de contrôle de la ville de Mokha sur la mer Rouge par les Houthis pro-iraniens, une percée notable dans leur progression vers le stratégique détroit de Bab el-Mandeb.
Ce passage reliant l'Asie à l'Europe a gagné en importance pour le commerce d'or noir avec le verrouillage d'Ormuz de l'autre côté de la péninsule.
Les Houthis perturbent déjà la navigation dans la zone et ont visé des infrastructures pétrolières d'Arabie saoudite, pays contre lequel ils ont annoncé en juillet un blocus maritime.
Signe des difficultés rencontrées par Ryad, la production saoudienne de pétrole a légèrement baissé en août, selon le rapport mensuel de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) publié jeudi.
- Elections américaines -
Les conséquences de la guerre se font ressentir plus encore sur les carburants.
Aux Etats-Unis, le gallon (3,78 litres) de diesel bat record sur record ces derniers jours à la pompe, s'affichant en moyenne à environ 5,98 dollars jeudi, selon l'Association automobile américaine (AAA).
L'agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) a prévenu que la situation risquait de ne pas s'améliorer dans les prochains mois, avec des stocks de diesel à "un niveau bas" et des prix qui resteront "à un niveau élevé".
Le prix du gazole en France est lui proche des 2,30 euros le litre dépassés en avril, selon un calcul de l'AFP à partir des données gouvernementales.
Ce carburant est utilisé principalement par les secteurs du transport, de l'industrie et de l'agriculture. Les hausses de prix à la pompe se répercutent sur l'ensemble de l'économie, déjà confrontée à de vives tensions inflationnistes.
La dynamique est très impopulaire aux Etats-Unis, où le pouvoir d'achat est un enjeu central des élections législatives de mi-mandat de novembre.
Donald Trump a affirmé mercredi que Téhéran essayait "désespérément de peser sur l'élection", tout en assurant que la guerre s'arrêterait "immédiatement après" le scrutin car les Iraniens "ne peuvent pas tenir plus longtemps".
C.Clement--JdCdC