Dans le Maine, les relations avec le Canada malmenées par la guerre commerciale de Trump
"On craint qu'ils nous détestent": avant les élections de mi-mandat américaines, les habitants du Maine déplorent des liens détériorés avec leurs voisins du Canada en raison de Donald Trump et de sa guerre commerciale qui touche notamment l'industrie locale du bois.
"Du point de vue économique, ces droits de douane vont sans aucun doute nous porter préjudice ici", affirme à l'AFP Shawn Pelletier, copropriétaire d'une brasserie à Caribou, ville entretenant des liens étroits avec la province canadienne du Nouveau-Brunswick.
Ottawa et Washington ont vu leurs relations commerciales s'envenimer après l'échec de négociations entre les deux pays pour éviter la mise en place d'une surtaxe de 20 milliards de dollars sur les produits canadiens.
Le gouvernement canadien avait alors répliqué par des droits de douane sur un montant équivalent d'importations américaines, provoquant la colère de Donald Trump, qui avait appliqué de nouvelles surtaxes, pouvant aller jusqu'à 50%.
Le Maine, État le plus boisé du pays et par lequel environ deux millions de personnes traversent la frontière annuellement, a été l'un des plus touchés par la guerre commerciale entre les deux voisins.
De nombreuses exploitations forestières ainsi que le tourisme se sont effondrés. Les ménages, déjà mis à rude épreuve par le prix des carburants, voient le coût de la vie monter en flèche, un sujet qui domine les élections de mi-mandat du 3 novembre.
- Répercussions "en cascade" -
Les conséquences économiques se font déjà sentir dans le Maine et "sont de grande ampleur", selon Garrett Martin, président de l'organisation Maine Center for Economic Policy (MECEP).
Un impact d'autant plus dur que son État partage "une longue histoire avec le Canada, ainsi que des liens familiaux ou commerciaux étroits", ajoute-t-il à l'AFP.
Les visites de Canadiens dans le Maine ont chuté de 43% au cours de la première année d'application des droits de douane, ce qui a pesé sur les recettes fiscales, selon l'expert.
Au sein de l'industrie forestière de l'État, qui pèse huit milliards de dollars annuels, Garrett Martin déplore des conséquences "en cascade" de la hausse des coûts, puisque certaines exploitations ont été forcées de réduire voire cesser leurs activités.
Le secteur est en déclin depuis des années, précise Dana Doran, un responsable de l'organisation représentant le secteur. Mais désormais, les droits de douane sur les camions, les équipements, les pièces détachées et les produits du bois font grimper les prix "de 30 à 50% dans l'ensemble du secteur", affirme-t-il.
Et le coût élevé du carburant n'a fait qu'assombrir les perspectives.
Depuis deux siècles, les scieries canadiennes près du Maine ont transformé d'énormes quantités d'arbres venant de cet État.
Mais en septembre, Ottawa a imposé des droits de douane de 25 à 50%, notamment sur les produits sylvicoles.
- "Tensions" -
Les habitants de chaque côté de la frontière ont noué des liens mais "je pense que le débat sur les droits de douane a créé des tensions, ce qui est regrettable", estime Dana Doran.
Pourtant, toutes les exploitations ne déplorent pas l'entrée en vigueur des droits de douane.
"Nous sommes l'exemple même de la manière dont fonctionne la protection commerciale et de ses avantages", affirme Jason Brochu, copropriétaire de l'entreprise Pleasant River Lumber Company, qui compte étendre sa production.
Selon lui, les droits de douane ont permis d'instaurer les conditions d'une concurrence équitable face aux exploitations subventionnées du Canada.
La Maison Blanche a annoncé vendredi faire évoluer la liste des produits canadiens concernés par les droits de douane de 50%, la sénatrice du Maine Susan Collins ayant tout de suite cherché à s'attribuer le mérite de ces exemptions.
Son rival démocrate Troy Jackson, lui-même ancien bûcheron et au coude-à-coude avec la sénatrice pour l'élection de novembre, a affirmé qu'au contraire elle n'avait fait que "favoriser le chaos" provoqué par les droits de douane de Donald Trump.
Pour Garrett Martin, en tout cas, "il faudra beaucoup de temps pour rétablir la confiance" entre le Maine et son voisin du nord.
P.Lefevre--JdCdC