Tour d'Italie: Mathys Rondel, le grimpeur français qui monte
Dans l'ombre de Paul Seixas, un autre jeune grimpeur français est en train de marquer les esprits sur le Tour d'Italie en la personne de Mathys Rondel, coureur atypique qui se hisse à son rythme vers les sommets du cyclisme.
Pour son premier grand Tour, le Sarthois de 22 ans occupe la septième place au classement général avant le contre-la-montre mardi dans lequel il voudra d'abord sauver les meubles.
"Je sais que je vais perdre un peu, voire beaucoup de temps", anticipe le coureur de l'équipe suisse Tudor qui est d'abord un grimpeur, un vrai, passionné de montagne au-delà du simple fait d'y rouler.
Au Giro, il s'est fait remarquer en explosant la vitre arrière d'une voiture UAE lors d'une chute mais surtout par ses performances lors des deux premières arrivées au sommet, sixième au Blockhaus vendredi et septième à Corno alle Scale dimanche.
C'est pourtant au niveau de la mer qu'il découvre le sport de haut niveau avec le patinage de vitesse dans les pas de son père Anthony Rondel, ancien champion de France et multiple détenteur du record du monde en roller.
Longtemps, Mathys rêve de participer aux Jeux Olympiques d'hiver en 2026. Mais en 2020, il range ses patins pour se consacrer définitivement au cyclisme. "C'était la période du Covid et je passais mon temps à faire du vélo sur home trainer", a-t-il expliqué cet hiver à l'AFP.
- Cochon nain et lapins géants -
Après une saison au VC Pays de Loudéac, la réserve de l'ancienne équipe B&B Hotels, il part en Suisse rejoindre l'ambitieuse formation Tudor, d'abord en U23 où il décroche la sixième place du Tour de l'Avenir en 2023, puis en World Tour.
"J'ai toujours voulu aller à l'étranger le plus tôt possible, sortir de ma zone de confort. Je voyais que les Français marchaient quand ils partaient", dit-il.
Boris Zimine, le directeur de l'équipe de développement de Tudor, découvre alors un coureur "très méticuleux" qui sait exactement ce qu'il veut.
Un gros caractère aussi qui apparaît réservé et un brin austère au premier abord mais qui affiche une détermination sans faille pour réaliser son objectif: monter un jour sur "le podium d'un grand Tour".
Pour s'en donner les moyens, Rondel déménage fin 2023 au coeur des Hautes-Pyrénées, dans la vallée des Nestes avec toute sa famille, dont son jeune frère Lucas et sa soeur Léa (19 ans), également cycliste professionnelle.
Ils y retapent une maison et vivent au milieu des poules, un cochon nain baptisé Herta, comme la marque de jambon, et deux lapins géants, Tic et Tac.
- Territoire inconnu -
Ici on est loin de la Côte d'Azur, repère de nombreux coureurs pro. Mais l'endroit, "rustique", correspond parfaitement aux valeurs de Mathys Rondel qui aime "rouler seul", "travailler en silence" et s'habituer aux conditions météo difficiles.
Ses résultats depuis le début de la saison témoignent d'une progression nette: 12e du Tour des Emirats arabes unis, 8e de Paris-Nice, 5e du Tour des Alpes.
"C'est un grand talent, tout le monde parle de Seixas mais Mathys est aussi très, très fort", prévient le coureur américain Larry Warbasse qui l’accompagne sur le Giro.
Rondel s'applique à suivre son propre chemin, sans se presser. Lorsqu'on lui demande s'il estime faire partie de la prometteuse jeune génération française aux côtés des Paul Seixas, Lenny Martinez, Kevin Vauquelin, Paul Magnier ou Romain Grégoire, il répond: "oui, un peu. J'ai toujours été un cran derrière, aussi parce que j'ai commencé tard le vélo. Quand j'étais en compétition avec eux en junior, j'étais très loin. En espoir, un peu moins. Là, je commence à boucher l'écart".
Au Giro, où il est co-leader de Tudor avec l'Australien Michael Storer (10e au général provisoire), il attend avec impatience les cols de la troisième semaine, un territoire inconnu pour lui, pour voir où il se situe.
"Si ça continue comme ça, ce serait top. Et si c'est moins bien, je ferai avec et j'apprendrai pour les prochaines fois, a-t-il dit dimanche soir.
A.André--JdCdC