Sur les traces de: "Dibu" Martinez, le bon gamin au mental de champion
Ses provocations après la finale du Mondial-2022 ont fait de lui l'Argentin le plus détesté en France. Mais, dans son pays, les témoins de sa jeunesse se souviennent du gardien Emiliano "Dibu" Martinez comme d'un garçon optimiste et déterminé, un leader né, un équipier modèle.
Tout est affaire de perception.
En France, il est l'homme de la poupée à l'effigie de Kylian Mbappé brandie lors du défilé triomphal de l'Albiceleste après la Coupe du monde au Qatar, celui qui exhiba en tribune d'honneur tel un phallus son trophée de meilleur gardien et il sera hué au Théâtre du Châtelet, à Paris, lors de la cérémonie du Ballon d'Or 2023.
Lui qui sauva les siens en finale par une magnifique parade face à Randal Kolo Muani est en Argentine le plus populaire de l'Albiceleste derrière Messi, une idole qui a surtout l'image d'un type bien. A l'époque de la polémique sur la "poupée", les médias argentins avaient diffusé à loisir les images de Martinez venu relever et consoler un Mbappé effondré après la défaite.
Son visage orne maintes fresques murales et publicités, et c'est particulièrement vrai dans sa ville natale Mar del Plata, grande station balnéaire sur l'Atlantique où son ancien entraîneur Jorge Peta se souvient d'un gamin de 8 ans que la plage ne détournait pas des rigueurs de l'entraînement, qui se distinguait déjà par son implication, son état d'esprit.
Sous sa houlette, il évolue dans les clubs locaux d'Atlético Talleres et de San Isidro, avant de tenter sa chance dans la capitale, à River Plate puis Boca Juniors. Mais les deux géants du football argentin le recalent.
- "Premier arrivé, dernier parti" -
Loin de se décourager, il revient à Mar del Plata plus déterminé que jamais. "Il m'a dit: +coach, ne vous inquiétez pas, la prochaine fois, je serai retenu+. C'est lui qui me réconfortait !" se souvient Jorge Peta: "Emiliano s'est toujours démarqué par son mental, l'adversité le stimulait".
La "prochaine fois" arrive à 12 ans: un essai à Independiente, autre club "historique" en banlieue de Buenos Aires. Là, il impressionne Miguel Ángel Santoro, ancien gardien et figure du club. "Si le gamin a ses affaires avec lui, il reste!", aurait-il lancé. Deux jours plus tard, Emiliano Martinez quitte sa famille et rejoint la capitale.
Emiliano Martinez, se souvient Peta, a appris ses premiers gestes techniques sur une place, sans cage ni poteaux. "Le terrain du club était loin, alors on donnait rendez-vous aux garçons là-bas, dans un quartier défavorisé où vivaient la plupart. Deux maillots (au sol) marquaient une cage imaginaire" raconte-t-il.
"On s'entraînait même sous la pluie, et dans la boue, ils s'amusaient encore plus. Emiliano était le premier arrivé et le dernier parti, il en voulait toujours plus", se remémore le coach resté en contact avec le joueur d'Aston Villa (ENG).
- "Une vraie radio!" -
Très vite, il se distingue aussi par son caractère. "Pendant les matches, c'était comme avoir un deuxième entraîneur sur le terrain, il parlait sans arrêt à ses coéquipiers. Une vrai radio!", raconte Peta.
Sa grande taille pour son âge éveillait les soupçons des équipes rivales, "il fallait montrer" sa carte d'identité.
C'est à Independiente qu'il a pris le surnom de "Dibu" à cause de ses tâches de rousseur et ses cheveux tirant sur le roux, qui évoquaient un personnage de dessin animé.
"Il avait un immense potentiel, mais besoin de beaucoup travailler comme gardien", explique Santoro. "Il essayait d'imiter ses pairs et, quand il n'y arrivait pas, il pleurait. Ces larmes ont forgé son caractère".
Car l'entraîneur en convient: Dibu, "c'est sa personnalité qui le rend différent. C'est fondamental pour un gardien de savoir surmonter les circonstances quand les choses ne se passent pas comme on le voudrait".
En 2009, Martinez participe au Mondial-U17 au Nigeria. "C'est là que les responsables d'Arsenal l'ont repéré et lui ont proposé un essai de dix jours en Angleterre", raconte Santoro, qui l'accompagna pour ce qui reste sa première compétition internationale.
Recruté à 17 ans par le club londonien, il ne s'est pas imposé d'emblée comme premier gardien et dut passer par plusieurs prêts avant de s'épanouir à Aston Villa depuis 2020.
- Le flirt? Non, le foot -
Dans la famille modeste dont Dibu était le cadet, sa mère faisait des ménages, son père travaillait au port. Emiliano fréquentait l'école catholique La Sagrada Familia, où leur enseignante, Alejandra Leon, se souvient d'"un élève consciencieux et poli, mais qui n'avait que le football en tête".
"Dès que la récréation sonnait, il dévalait les escaliers en roulant une boule de papier, car les ballons étaient interdits, et il était toujours le dernier à remonter", se rappelle-t-elle auprès de l'AFP.
Alberto son père, qui emmenait Dibu à l’entraînement, venait toujours le chercher avant l'heure. Agacée, la directrice d'école lui lança un jour: "Le foot vous intéresse-t-il plus que l'école?" "Bien sûr!", répondit le père.
Alejandra Leon ne se souvient en revanche pas des flirts de son élève le plus célèbre. "Non, l'amour de ce garçon, c'était le ballon", dit-elle.
C.Caron--JdCdC