Tour de France: Seixas, c'est du solide
Solide malgré le train d'enfer imposé par l'équipe UAE de Tadej Pogacar, Paul Seixas a encore épaté en prenant une très prometteuse troisième place mardi au Lioran, pour ses premiers tours de roue dans une deuxième semaine d'un grand Tour.
Toujours au contact des meilleurs, Pogacar mis à part évidemment, le jeune Français de 19 ans continue de montrer une régularité impressionnante lorsque la route s'élève. Une constance récompensée par un premier podium sur le Tour et une cinquième place au général au soir de la dixième étape.
"C'était une étape de mecs forts", a soufflé le leader de Décathlon CMA CGM à l'arrivée, en récupérant sur ses rouleaux.
Dans ce contexte, et malgré la Fête nationale qui aurait pu inviter n'importe quel coureur tricolore à partir à l'abordage, Seixas n'a sorti ni cotillons, ni feux d'artifice.
Le chemin se poursuit pour lui, comme si tout était prévu, calculé, pensé froidement.
- "Plan de marche" -
"On continue, le plan de marche est respecté", lance sobrement Mathieu Charpentier, le directeur général délégué de l'équipe française.
Si chacun refuse de s'enflammer alors que les rêves de top 5, voire de podium, apparaissent de plus en plus crédibles, c'est bien parce que les coureurs n'ont pas encore atteint la moitié de la Grande Boucle et que le vainqueur de la Flèche wallonne n'a jamais disputé de course de trois semaines.
Le public, massé en nombre pour recueillir un autographe du prodige français chaque matin avant l'étape et chaque soir après l'arrivée, ne demande pourtant qu'à s'enthousiasmer pour les prouesses d'un Seixas de nouveau acteur dans le Cantal.
Focalisé sur la lutte pour le général, Décathlon CMA CGM a fait partie des rares équipes à n'envoyer personne dans la bataille pour l'échappée.
"On savait que c'était un rendez-vous important, j'étais venu reconnaître cette étape, je savais qu'elle était piégeuse, au lendemain de la journée de repos", indique le directeur sportif Julien Jurdie.
Alors, sous une chaleur encore une fois importante, ses hommes ont passé la journée à ravitailler en eau et en musettes leur jeune cador, dans le sillage d'un Tiesj Benoot exemplaire.
Les tuniques bleu et rouge se sont rapprochées de l'avant du groupe des favoris dans le Puy Mary (1re catégorie), à une trentaine de kilomètres du terme: le lieutenant de Seixas, Nicolas Prodhomme, l'a replacé avant le sommet pour aborder une descente technique et glissante.
"Une patinoire" selon Seixas, qui l'a poussé à la prudence quand d'autres partaient à la faute, comme Tom Pidcock.
Puis Prodhomme s'est fendu d'un relais de mammouth dans le col de Pertus qui a surpris tout le monde, peut-être même son leader, pas toujours dans la roue, et provoqué un moment de flottement quelques minutes avant le coup de massue du Slovène.
- "Important psychologiquement" -
Tandis que Pogacar s'envolait, le prodige français a tenu bon avant un sprint réussi, juste derrière Evenepoel.
"Paul a fini le travail avec cette superbe troisième place, on lui a dit +tu joues les bonifications, t'arrives pour le podium!+, ça a été limite avec Lipowitz (quatrième), mais il a réussi à prendre cette troisième place importante psychologiquement", note Jurdie.
Quatrième aux Angles, cinquième à Gavarnie, troisième au Lioran... La nouvelle belle performance de Seixas marque les esprits et tranche avec le coup de mou d'Isaac Del Toro, qui recule derrière le Français au général.
Avec quatre secondes de bonifications et quatre autres glanées dans les derniers hectomètres, le jeune Bleu revient également à 13 secondes de Juan Ayuso, le nouveau détenteur du maillot blanc de meilleur jeune.
Un sujet pas encore d'actualité pour Seixas et son équipe, qui laisse volontiers le poids de ce maillot à l'Espagnol de la Lidl-Trek.
"Chaque minute de récupération compte (...), le protocole est très prenant en termes d’énergie donc c'est pas plus mal", sourit Mathieu Charpentier.
"Il faut aussi savoir ne pas faire n'importe quoi, tout le monde était à fond donc je n'ai pas cherché à savoir ce qu'il fallait faire pour le maillot blanc, juste à rallier l'arrivée avec ce groupe et nous entendre pour prendre le maximum de temps", résume Seixas, toujours lucide.
R.Renault--JdCdC