Journal du Club des Cordeliers - Trail: Théo Detienne, le pitre pas si désinvolte qui veut gagner l'UTMB

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Trail: Théo Detienne, le pitre pas si désinvolte qui veut gagner l'UTMB
Trail: Théo Detienne, le pitre pas si désinvolte qui veut gagner l'UTMB / Photo: JEFF PACHOUD - AFP/Archives

Trail: Théo Detienne, le pitre pas si désinvolte qui veut gagner l'UTMB

"La vie est dure mais pas la mienne". Parmi les nouveaux visages français du trail, Théo Detienne cultive un personnage volontairement provocateur, mais n'en reste pas moins l'un des favoris pour remporter l'Ultra-Trail du Mont-Blanc samedi à Chamonix.

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Le 22 mars dernier, un mystérieux coureur en combinaison moulante verte prend le départ à toute allure d'un trail de 25 km à Saint-Pierre d'Albigny, en Savoie. Foulée rapide et légère, il remporte la course mais ne s'arrête ni pour remercier les bénévoles, ni pour attendre le podium. Il file incognito vers sa voiture et part sans demander son reste.

Personne ne comprend. Jusqu'à ce qu'une vidéo de la farce soit publiée sur Instagram: "ce matin j'ai gagné une course, mais comme j'ai déjà trop de buzz, j'ai préféré laisser un peu de lumière aux autres. #humilité".

L'auteur de cette insolente remarque ? Théo Detienne, l'un des meilleurs traileurs français des deux dernières années, vainqueur du prestigieux 90 kilomètres du Mont-Blanc en 2025 et parmi les prétendants à la victoire sur l'UTMB samedi.

"Je joue sur ce côté clivant, provocateur, mais les gens savent faire la part des choses. Je cherche juste à partager ma passion. C'est sûr que ça me donne de la visibilité", explique à l'AFP Detienne.

- "Un jour, moi aussi" -

Derrière le chambreur-influenceur (230.000 abonnés sur Instagram) qui répète à l'envi que "la vie est dure, mais pas la (sienne)" - slogan qu'il a fait imprimer sur des t-shirts en rupture de stock - se cache un athlète méthodique et posé, qui rêve de terminer pour la première fois les 170 km et 10.000 m de dénivelé de l'UTMB.

Né en 1999, Théo Detienne a d'abord fait ses gammes via l'athlétisme et le triathlon avant de découvrir la montagne et le trail à Font-Romeu, paradis des sports d'endurance où il suit une licence Staps à partir de 2016.

"Pour mes premiers Championnats de France de course en montagne (en 2017), je fais 12e alors que j'étais aux France de triathlon la veille. Je me suis dit que c'était un sport pour moi", sourit Detienne.

Quelques semaines plus tard, il regarde fasciné sur son téléphone François d'Haene remporter l'UTMB devant la légende du sport Kilian Jornet. "J'avais des étoiles plein les yeux (...) Ce jour-là, je me suis promis qu'un jour, moi aussi je prendrais le départ de ce mythe".

Encore loin de penser qu'il pourra vivre un jour du trail, il valide sa licence et passe les concours de gendarmerie avec le rêve d'intégrer un jour le peloton de gendarmerie de haute-montagne (PGHM).

Mais en 2024, alors qu'il a réussi tous les examens et s'apprête à rejoindre le PGHM, un équipementier remarque sa grosse progression (il a terminé 4e de deux trails renommés) et lui propose un contrat.

"C'était une décision pas facile", souligne l'athlète. "Avec le PGHM, je n'aurais jamais pu être à 100% dans ce projet performance qui me faisait rêver, mais en me consacrant au sport j'abandonnais aussi mon rêve de secours en montagne."

- Abandon en 2025 -

Il accepte finalement le contrat, démissionne de la gendarmerie et entame en 2025 sa première année en tant qu'athlète professionnel.

"C'était un saut dans l'inconnu. Du jour au lendemain, ta vie est dédiée à l'entraînement", souligne Detienne, conscient de bénéficier du boom de la discipline et de faire partie de "la première génération de jeunes traileurs qui peuvent en vivre".

En juin 2025, il remporte le prestigieux 90 km du Mont-Blanc, sa première grande victoire. Deux mois plus tard, il est au départ de l'UTMB.

"Quand tu arrives sous l'arche de départ, c'est quand même impressionnant", admet-il.

Fidèle à lui-même, il s'élance pourtant à fond dans les rues de Chamonix à peine le départ donné et prend la tête de la course alors qu'il n'a jamais couru plus de 90 km en compétition.

Il reste devant une centaine de kilomètres mais, victime de deux chutes lors des descentes, finit par abandonner après 145 km, plus capable de mettre un pied devant l'autre.

"Il faut passer par là, ça désacralise le mythe de l'UTMB", sourit-il. Deuxième chance à partir de vendredi.

L.Lambert--JdCdC