Journal du Club des Cordeliers - UTMB 2026 : L’ultra-trail face au défi de la diversité sociale

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UTMB 2026 : L’ultra-trail face au défi de la diversité sociale
UTMB 2026 : L’ultra-trail face au défi de la diversité sociale

UTMB 2026 : L’ultra-trail face au défi de la diversité sociale

L'édition 2026 de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) s'ouvre ce vendredi à Chamonix, relançant le débat sur la faible diversité sociale parmi ses participants. Avec un droit d'inscription de 479 euros et une image encore marquée par l'élitisme, la discipline tente de s'ouvrir aux classes populaires grâce à des initiatives associatives et éducatives.

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L'Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) s'élance ce vendredi à Chamonix, marquant le début de l'épreuve reine de la discipline avec ses 174 kilomètres de parcours. Alors que les réseaux sociaux ont été récemment animés par la tendance « on arrive », initiée par des internautes racisés pour revendiquer leur droit d'accès à la montagne face à des discours xénophobes, la réalité du peloton de départ reste marquée par une homogénéité sociale et ethnique prononcée. La question de l'ouverture de l'ultra-trail aux classes populaires et aux minorités ethniques refait surface avec acuité alors que le sport connaît une croissance sans précédent.

Si la présence d'athlètes d'origine africaine domine les podiums des élites, comme en témoignent les trois années de domination du Marocain Elhousine Elazzaoui dans les Golden Trail World Series, ou l'émergence de coureurs kényans sur des distances plus courtes, la diversité parmi les 2 500 participants de l'UTMB reste limitée. Le sociologue Olivier Bessy, auteur de l'ouvrage « Courir sans limites - la révolution de l'ultra-trail (1990-2025) » publié en juin par Cairn Editions, analyse cette dynamique comme un phénomène structurel. « Il y a un certain entre-soi dans l'ultra-trail, davantage que dans le trail qui s'est féminisé et qui comprend beaucoup plus de tranches d'âge et de catégories sociales différentes », explique-t-il. Selon ses observations, les groupes populaires se fixent eux-mêmes des barrières sociales face à une discipline perçue comme réservée à un public majoritairement masculin (à 90 %) et issu des catégories socio-professionnelles supérieures (CSP+).

Le coût d'entrée constitue l'un des principaux freins à cette démocratisation. Pour obtenir son dossard pour la course la plus prestigieuse au monde, les partants doivent s'acquitter de 479 euros, sans compter les frais de transport et d'hébergement. Cette barrière financière pèse lourdement sur une discipline en pleine métamorphose. Olivier Bessy souligne l'expansion du phénomène : la France compte désormais six millions de traileurs, dont 1,5 million ont pris un dossard officiel, contre seulement 5 000 il y a vingt-cinq ans. Pourtant, cette croissance quantitative ne s'est pas accompagnée d'une diversification équivalente des profils sociaux.

La direction de l'UTMB, consciente de ces enjeux, défend une approche progressive. Catherine Poletti, cofondatrice de l'événement en 2003, reconnaît que le sport est historiquement pratiqué par des quadragénaires CSP+. « Peu à peu, l'âge moyen des traileurs baisse et au-delà des tranches d'âge, on tient à montrer que la discipline est vraiment pour tous », affirme-t-elle. Pour aider les personnes issues de milieux défavorisés, l'organisation mise sur son fonds de dotation UTMB Cares, visant à montrer comment le trail peut améliorer la vie quotidienne. Cependant, aucune distribution gratuite de dossards aux classes populaires n'est prévue pour cette édition.

L'initiative d'ouverture provient davantage des équipementiers et des associations locales. Adidas Terrex soutient ainsi le Club Outdoor Alpin, créé en 2022 dans la région d'Annecy. Ulrich Ndjike, président de l'association et coach sportif d'origine camerounaise, note que les marques ont pénétré les quartiers, où l'on voit des jeunes porter des sneakers Salomon ou North Face. « Mais c'est davantage du business et du marketing qu'une véritable ouverture du champ des possibles », nuance-t-il. Son projet, dont la devise est « Du bitume au sentier, du quartier au sommet », vise à éduquer une quarantaine de jeunes de 13 à 20 ans, dont plusieurs mineurs non accompagnés (MNA), aux codes sociétaux de la montagne.

L'expérience d'Ulrich Ndjike illustre les difficultés de terrain. Lors de sa première détection à Annecy, malgré le soutien d'Adidas, seuls cinq jeunes se sont présentés. Il met en avant la réussite de Djibril, un jeune de 13 ans ne pratiquant que le football et ignorant tout de la montagne, qui a remporté le Marathon du Mont-Blanc dans sa catégorie d'âge sur un format de 4 km. « On a planté une graine, on lui a donné un accompagnement », se souvient-il, espérant voir ce jeune revenir vers les sentiers.

À plus de 500 kilomètres des Alpes, l'association francilienne Apart mène un défi similaire depuis vingt ans pour l'insertion des 18-25 ans par les sports de nature. Samir Souadji, directeur de l'association sponsorisée par Arc'teryx et Salomon, critique la tendance « on arrive » qu'il juge dangereuse car elle a incité des jeunes à partir sans équipement ni préparation, créant une opposition inutile avec les habitués. « On n'arrive pas, on est déjà là depuis de nombreuses années », souligne-t-il. Son association vise à créer un pont social et à montrer que la nature offre une liberté accessible.

Léo San Salvadore, 19 ans, membre de la section trail d'Apart originaire de Montreuil, témoigne de cette transition. « Jusque-là, surtout pour des raisons d'argent, la montagne n'était pas accessible à mes yeux. On redoutait un peu le regard des gens, le fait que ça ne soit pas notre monde », confie-t-il. Il s'entraîne désormais cinq heures par semaine en vue de son premier ultra en relais sur l'Ultra-Trail des Montagnes du Jura (UTMJ) le 2 octobre prochain, aux côtés de ses amis et de Louis Derrien.

Ce dernier, trentenaire parisien connu pour avoir bouclé un tour de France de plus de 5 000 km en 155 jours avec son projet « Courir pour toi » en hommage à son frère suicidé, voit dans le trail un outil de rapprochement social. « Au-delà de la performance, le trail permet de raconter des histoires. C'est un truc d'homme blanc CSP+ et on voit que la diversification n'est malheureusement pas encore trop là », observe-t-il, tout en exprimant l'espoir que le trail devienne représentatif de la société française.

Pour Ulrich Ndjike, la responsabilité incombe aussi à l'Éducation nationale. Il plaide pour s'appuyer sur les modèles scandinaves ou suisses et utiliser les territoires pour permettre aux jeunes de pratiquer des sports de nature dans le cadre scolaire. « On ne permet toujours pas ça dans les parcours scolaires. Résultat : on n'a aucun noir dans des disciplines comme le BMX, le VTT de descente ou le snowboard, car ça n'est pas dans le champ des possibles pour tous ces jeunes », conclut-il, pointant du doigt le manque d'exposition précoce comme cause principale de l'élitisme persistant.

Alors que l'UTMB 2026 démarre, le débat sur l'inclusion reste ouvert. Entre les initiatives locales courageuses et les barrières structurelles coûteuses, la discipline doit encore prouver qu'elle peut véritablement s'ouvrir à tous les horizons sociaux et ethniques.

G.Gaillard--JdCdC