Journal du Club des Cordeliers - Dans le massif du Jura, le retour à la vie sauvage d'un jeune lynx rescapé

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Dans le massif du Jura, le retour à la vie sauvage d'un jeune lynx rescapé
Dans le massif du Jura, le retour à la vie sauvage d'un jeune lynx rescapé / Photo: ARNAUD FINISTRE - AFP

Dans le massif du Jura, le retour à la vie sauvage d'un jeune lynx rescapé

Une cage s'ouvre. Un éclair de pelage doré tacheté de noir jaillit et disparaît en quelques secondes dans une épaisse forêt : un jeune lynx vient de retrouver la liberté dans le massif du Jura, un espoir pour la survie de cette espèce protégée.

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Prénommé Ravi, le félin de 11 mois et de 13,5 kg est le 34e lynx boréal relâché par le centre Athénas, spécialisé dans la sauvegarde de cette espèce menacée de disparition en France, classée "en danger " sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Chaque opération de ce type - cinq ont lieu cette année - est "une victoire" et " l'aboutissement d'une lutte" de plusieurs mois, confie avec émotion à l'AFP Françoise Nicolas, présidente de cette association installée près de Lons-le-Saunier dans le Jura.

Ravi est le seul survivant d'une fratrie de quatre orphelins, capturés l'hiver dernier à l'âge de cinq mois. Après le décès de leur mère dans une collision routière – principale cause de mortalité directe de l'espèce avec le braconnage – les chatons étaient voués à une mort certaine dans la nature.

L'un a été retrouvé mort, deux ont succombé au typhus après leur capture. Seul Ravi, malade et très dénutri, a survécu. Soigné et nourri, il a ensuite été élevé par une femelle lynx dans les enclos du centre Athénas.

- Check-up médical -

Au printemps, les soigneurs l'ont jugé " prêt " à survivre sans aide dans son milieu naturel. Car Ravi a atteint l'âge de l'"émancipation", celui où les jeunes lynx, dotés d'une grande capacité d'apprentissage et d'adaptation, quittent habituellement leur mère. Ils entament alors une "année d'itinérance" sur de grandes distances, pour se constituer un territoire, explique Gilles Moyne, directeur du centre, qui enregistre "97 % de réussite" dans les relâchers de lynx.

Le jour J, le félin est d'abord endormi dans son enclos à l'aide d'un projectile anesthésiant, puis soumis à un "check-up" médical: griffes, dents, poids, absence de trouble cardiaque, l'une des faiblesses des lynx français dont la population présente une forte consanguinité. "Ravi a toutes les chances de son côté ", résume le vétérinaire, Frédéric Violot.

Les soigneurs photographient son pelage - dont la combinaison de taches, unique, le rend reconnaissable sur d'éventuels clichés de pièges photographiques - et lui implantent une puce qui permettra de "l'identifier avec certitude si on le recapture ou si on retrouve un cadavre très décomposé ", précise M. Violot.

Placé dans une cage, Ravi est enfin transporté à une centaine de kilomètres du refuge, sur un site sélectionné avec soin.

- Quiétude -

Il est relâché près de Baume-les-Dames (Doubs), "loin des routes, loin des villages, loin de tout ce que l'homme a construit", afin qu'il "s'acclimate avec un maximum de quiétude " et "un minimum d'interaction avec l'homme", résume Richard Goutaudier, de l'Office français de la biodiversité (OFB) du Doubs.

Pour sélectionner le lieu idéal, souligne ce responsable, "il faut trouver un consensus" entre "les enjeux de conservation de l'espèce" et les "intérêts économiques et agricoles". De manière très sporadique, le lynx peut s'attaquer parfois à des moutons ou des chèvres.

Longtemps chassé pour sa fourrure ou comme trophée, le plus grand félin d'Europe avait disparu de France avant son retour en 1974, à la suite de réintroductions conduites en Suisse voisine.

Le ministère de l'Écologie a lancé en 2022 son premier "plan national d'actions" pour rétablir l'espèce dans "un état de conservation favorable". On compte entre 150 et 200 individus en France - dont environ 150 dans le massif jurassien, une dizaine dans les Vosges et le reste dans les Alpes - et cette population n'augmente que "très très lentement", relève M. Moyne.

Le retour de Ravi dans son milieu est "gratifiant", sourit-il après avoir vu le félin disparaître derrière les arbres, équipé d'un collier GPS qui se détachera dans un an.

Désormais, c'est une "année de stress" qui commence: s'il évite tirs et collisions, le jeune mâle devrait connaître ses "premiers émois" en février 2027. Il pourra alors, espère le soigneur, "rencontrer sa première femelle et commencer à contribuer à la perpétuité de l'espèce".

B.Bonnet--JdCdC