Allemagne: lendemain de fête difficile pour la gauche radicale à Berlin
Trois jours après sa victoire électorale dans la ville de Berlin, la gauche radicale allemande était sous pression mercredi en raison de contacts présumés avec des clans criminels et d'accusations d'antisémitisme.
Lors d'un débat au Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand, les autres partis, les conservateurs de Friedrich Merz, l'extrême droite, mais aussi les sociaux-démocrates et les Verts (deux formations avec qui la gauche radicale pourrait former une coalition dans la ville) lui ont reproché de ne pas se démarquer suffisamment des antisémites et ont mis en garde contre une infiltration du parti par le crime organisé.
Les conservateurs ont même évoqué mercredi la possibilité de mettre sous surveillance des renseignements intérieurs allemands la section berlinoise de Die Linke.
Cette polémique survient alors qu'Elif Eralp, la candidate de Die Linke arrivée en tête du scrutin municipal berlinois dimanche, doit mener des négociations avec les Verts et les sociaux démocrates pour former une majorité dans la capitale.
Les révélations dimanche soir de liens sulfureux avec des militants palestiniens et du milieu criminel d'un des députés de Die Linke, Ferat Kocak, ont mis le feu au poudre.
Cet élu de Neukölln, arrondissement berlinois à forte population arabe et où la section locale du parti est régulièrement accusée de dérapages antisémitismes par ses adversaires politiques et les organisations juives, s'est mis provisoirement en retrait de sa fonction "jusqu'à ce que la transparence totale soit établie".
Le député a dû reconnaître des contacts avec le clan Remmo, une bande criminelle bien implantée dans ce quartier et notamment connue pour le spectaculaire casse des joyaux de la "Voûte verte" dans un musée de Dresde fin 2019.
Après l'apparition d'une figure de cette famille, Issa Remmo, lors de la soirée électorale du parti à Neukölln, l'un de ses fils, Firas Remmo, a publié sur Instagram des échanges avec le député laissant entendre que les deux hommes se connaissaient et partageaient des intérêts communs.
Sur X, Kocak a affirmé qu'il échangeait avec "beaucoup de gens" et qu'il avait "répondu poliment" à un interlocuteur dont il ne connaissait pas l'identité au départ.
Il a reconnu que "les contacts de titulaires de mandat avec des personnes considérées comme appartenant au crime organisé" n'étaient "en rien justifiables".
"Issa Remmo est une figure centrale du crime organisé. On ne se retrouve pas par hasard avec lui à des événements", a fustigé mercredi Andreas Audretsch, député écologiste.
"Il va de soi que notre député Ferat Kocak a commis une erreur, nous enquêtons là-dessus", a répondu le député de la gauche radicale Gregor Gysi, appelant à "cesser d'instrumentaliser l'antisémitisme et de l'utiliser pour attiser la haine contre la gauche".
Il a également dénoncé une tentative d'isoler son parti d'une future coalition malgré sa victoire : "Mais de quoi s'agit-il en réalité ? La CDU (parti conservateur) veut de nouveau diriger la mairie de Berlin".
G.Girard--JdCdC